—C'est, dit la fée, une personne qui a peu de naissance, qui est d'un certain âge, et dont la figure sévère ne plaît pas au premier coup d'œil, mais qui a le cœur bon, l'esprit ferme et la conversation très-solide. Elle appartenait à un jeune philosophe qui a fait fortune à force de ramper sous les grands, et qui l'a abandonnée: depuis ce temps, je cherche quelqu'un qui veuille d'elle, et je vous l'avais destinée.

—Pourrait-on savoir de vous, répondit le prince, le nom de cette délaissée?

Polychresta, dit la fée, ou toute bonne, ou bonne à tout; cela n'est pas brillant; vous trouverez là peu de titres, peu d'argent, mais des millions en fonds de terre, et cela raccommodera vos affaires, que les dissipations de votre père et les vôtres ont fort dérangées.

—Très-assurément, madame, répondit le prince, vous n'y pensez pas: cette figure, cet âge, cette allure-là ne me vont point, et il ne sera pas dit que le fils du très-puissant empereur du Japon ait pris pour femme une princesse de je ne sais où; encore, s'il était question d'une maîtresse, on n'y regarderait pas de si près...»

LA SULTANE.

On en change quand on en est las.

LA PREMIÈRE FEMME.

«... Quant à mes affaires, j'ai des moyens aussi courts et plus honnêtes d'y pourvoir. J'emprunterai, madame; le Japon, avant que je devinsse oiseau, était rempli de gens admirables qui prêtaient à vingt-cinq pour cent par mois tout ce qu'on voulait.

—Et ces gens admirables, ajouta Vérité, finiront par vous marier avec Polychresta.

—Ah! je vous jure par vous-même, lui dit le prince, que cela ne sera jamais; et puis votre Polychresta voudrait qu'on lui fît des enfants du matin au soir, et je ne sache rien de si crapuleux que cette vie-là.