—Quelles idées! dit la fée; vous passez pour avoir du sens; je voudrais bien savoir à quoi vous l'employez.

—À ne point faire de sots mariages, répondit le prince.

—Voilà des mépris bien déplacés, lui dit sérieusement Vérité: Polychresta est un peu ma parente; je la connais, je l'aime; et vous ne pouvez vous dispenser de la voir.

—Madame, répondit le prince, vous pourriez me proposer une visite plus amusante; et s'il faut que je vous obéisse, je ne vous réponds pas que je n'aie la contenance la plus maussade.

—Et moi, je vous réponds, dit Vérité, que ce ne sera pas la faute de Polychresta: voyez-la, je vous en prie, et croyez que vous l'estimerez, si vous vous en donnez le temps.

—Pour de l'estime et du respect; je lui en accorderai d'avance tant qu'il vous plaira; mais je vous répéterai toujours qu'il ne sera pas dit que je me sois entêté de la délaissée d'un petit philosophe; ce serait d'une platitude, d'un ridicule à n'en jamais revenir.

—Eh! monsieur, lui dit Vérité, qui vous propose de vous en entêter? Épousez-la seulement; c'est tout ce qu'on vous demande.

—Mais attendez, reprit le prince, j'imagine un moyen d'arranger toutes choses. Il faut que j'aie Lively, cela est décidé; je ne saurais m'en passer: si vous pouviez la résoudre à n'être que ma maîtresse, je ferais ma femme de Polychresta, et nous serions tous contents.»

La fée, quoique naturellement sérieuse, ne put s'empêcher de rire de l'expédient du prince. «Vous êtes jeune, lui dit-elle, et je vous excuse de préférer Lively.

—Ah! elle me sera plus nécessaire encore quand je serai vieux.