LA SULTANE.
Cela est charmant! premier émir, continuez.
Le premier émir dit qu'il n'avait jamais eu moins d'imagination que ce soir; qu'il était distrait sans savoir pourquoi; qu'il souffrait un peu de la poitrine, et qu'il suppliait la sultane de lui permettre de se retirer. La sultane lui répondit qu'il valait mieux, pour son indisposition, qu'il restât; et elle ordonna au second émir de suivre le récit.
LE SECOND ÉMIR.
«Le bal finit. On porta la princesse dans son appartement, où j'eus l'honneur de l'accompagner. On la posa tout de son long sur un grand canapé. Ses femmes s'en emparèrent, la tournèrent, retournèrent, et déshabillèrent à peu près avec les mêmes cérémonies de leur part et la même indolence de la part de Lirila, que si l'une eût été morte, et que si les autres l'eussent ensevelie. Cela fait, elles disparurent. Je me jetai aussitôt à ses pieds, et lui dis de l'air le plus attendri et du ton le plus touchant qu'il me fut possible de prendre:
«Madame, je sens tout ce que je vous dois et à mon père, et je ne me suis jamais flatté d'obtenir de vous quelque préférence; mais il y a si loin d'ici au Japon, et je ressemble si fort à mon père!
«—Vrai? dit la princesse.
«—Très-vrai, répondis-je; et à cela près que je n'ai pas ses années, et qu'en vous aimant il ne risquerait pas la couronne et la vie, vous vous y méprendriez.
«—Je ne voudrais pourtant pas vous prendre l'un pour l'autre à ce prix. Je serais bien aise de vous avoir, vous, et qu'il ne vous en coûtât rien.»
«Pendant cette conversation, une des mains de Lirila, entraînée par son propre poids, m'était tombée sur les yeux; elle m'incommodait là: je crus donc pouvoir la déplacer sans offenser la princesse, et je ne me trompai pas. J'imaginai que nous nous entendions: point du tout, je m'entendais tout seul. Lirila dormait. Heureusement on m'avait appris que c'était sa manière d'approuver. Je fis donc comme si elle eût veillé; je l'épousai jusqu'au bout, et toujours en votre nom.