Une vieille Pagode très-encensée, la patronne de la maison. D'aussi loin que les vierges compagnes d'Agariste l'aperçurent avec son bel oiseau sur le poing, elles accourent, l'entourent et lui font mille questions à la fois. Cependant l'oiseau, s'élevant subitement dans les airs, se met à planer sur elles; son ombre les couvre, et elles en conçoivent des mouvements singuliers. Agariste et Mélisse éprouvent les premières les merveilleux effets de son influence. Un feu divin, une ardeur sacrée s'allument dans leur cœur; je ne sais quels épanchements lumineux et subtils passent dans leur esprit, y fermentent et, de deux idiotes qu'elles étaient, en font les filles les plus spirituelles et les plus éveillées qu'il y eût à la Chine: elles combinent leurs idées, les comparent, se les communiquent et y mettent insensiblement de la force et de la justesse.
LA SULTANE.
En furent-elles plus heureuses?
LA SECONDE FEMME.
Je l'ignore. Un matin, l'oiseau blanc se mit à chanter, mais d'une façon si mélodieuse, que toutes les vierges en tombèrent en extase. La supérieure, qui jusqu'à ce moment avait fait l'esprit fort et dédaigné l'oiseau, tourna les yeux, se renversa sur ses carreaux et s'écria d'une voix entrecoupée: «Ah! je n'en puis plus!... je me meurs!... je n'en puis plus!... Oiseau charmant, oiseau divin, encore un petit air.»
LA SULTANE.
Je vois cette scène; et je crois que l'oiseau blanc avait grande envie de rire en voyant une centaine de filles sur le côté, l'esprit et l'ajustement en désordre, l'œil égaré, la respiration haute et balbutiant d'une voix éteinte des oraisons affectueuses à leur grande guenon couleur de feu. Je voudrais bien savoir ce qu'il en arriva.
LA SECONDE FEMME.
Ce qu'il en arriva? Un prodige, un des plus étonnants prodiges dont il soit fait mention dans les annales du monde.
LA SULTANE.