—Qui empêche donc, ajouta le sultan, qu'on en fasse la demande?
—Un petit obstacle: c'est que si Polychresta vous convient fort, elle ne convient point à votre fils. Il ne peut la souffrir; il la trouve bourgeoise, sensée, ennuyeuse, et je ne sais quoi encore...
—Il l'a donc vue?...
—Jamais. Votre fils est un homme d'esprit; et quel esprit y aurait-il, s'il vous plaît, à aimer ou haïr une femme après l'avoir vue? C'est comme font tous les sots...
—Parbleu, dit le sultan, mon fils l'entendra comme il voudra; mais j'avais connu sa mère avant que de la prendre; et si, je ne suis pas un sot...
—Je serais fort d'avis, dit la fée, que votre fils quittât pour cette fois seulement un certain tour original qui lui sied, pour prendre votre bonhomie, et qu'il vît Polychresta avant que de la dédaigner; mais ce n'est pas une petite affaire que de l'amener là. Il faudrait que vous interposassiez votre autorité...
—Ho, dit le sultan, s'il ne s'agit que de tirer ma grosse voix, je la tirerai. Vous allez voir.»
Aussitôt il fit appeler son fils; et prenant l'air majestueux qu'il attrapait fort bien quand on l'en avertissait:
«Monsieur, dit-il à son fils, je veux, j'entends, je prétends, j'ordonne que vous voyiez la princesse Polychresta lundi; qu'elle vous plaise mardi; que vous l'épousiez mercredi: ou elle sera ma femme jeudi...
—Mais, mon père...