—Point de réponse, s'il vous plaît. Polychresta sera jeudi votre femme ou la mienne. Voilà qui est dit; et qu'on ne m'en parle pas davantage.»
Le prince, qui n'avait jamais offensé son père par un excès de respect, allait s'étendre en remontrances, malgré l'ordre précis de les supprimer; mais le sultan lui ferma la bouche d'un obéissez, lui tourna le dos et lui laissa exhaler toute son humeur contre la fée.
«Madame, lui dit-il, je voudrais bien savoir pourquoi vous vous mêlez, avec une opiniâtreté incroyable, de la chose du monde que vous entendez le moins. Est-ce à vous, qui ne savez ni exagérer l'esprit, la figure, la naissance, la fortune, les talents, ni pallier les défauts, à faire des mariages? Il faut que vous ayez une furieuse prévention pour votre amie, si vous avez imaginé qu'elle plairait sur un portrait de votre main. Vous qui n'ignorez aucun proverbe, vous auriez pu vous rappeler celui qui dit de ne point courir sur les brisées d'autrui. De tout temps les mariages ont été du ressort de Rousch. Laissez-le faire; il s'y prendra mieux que vous; et il serait du dernier ridicule qu'un aussi saugrenu que celui que vous proposez se consommât sans sa médiation. Mais vous n'y réussirez ni vous ni lui. Je verrai votre Polychresta, puisqu'on le veut; mais parbleu, je ne la regarde ni ne lui parle; et la manière dont votre légère amie s'y prendra pour vaincre ma taciturnité et m'intéresser sera curieuse. Vous pouvez, madame, vous féliciter d'avance d'une entrevue où nous ferons tous les trois des rôles fort amusants.»
Le premier émir allait continuer lorsque Mangogul fit signe aux femmes, aux émirs et à la chatouilleuse de sortir.
«Pourquoi donc vous en aller de si bonne heure? dit la sultane.
—C'est, répondit le sultan, que j'en ai assez de leur métaphysique, et que je serais bien aise de traiter avec vous de choses un peu plus substantielles.
—Ah! ah! vous êtes là!
—Oui, madame.
—Y a-t-il longtemps?
—Ah! très-longtemps.