LA SECONDE FEMME.
Le prince voulut répliquer et justifier son éloignement pour Polychresta; mais la fée, prenant un ton d'autorité, lui ordonna de lui rendre des soins, et lui répéta qu'il l'aimerait s'il voulait s'en donner le temps. D'un autre côté elle suggéra à son amie de prendre quelque chose sur elle et de ne rien épargner pour plaire au prince. Polychresta essaya, mais inutilement: un trop grand obstacle s'opposait à ses désirs; elle comptait trente-deux ans, et Génistan n'en avait que vingt-cinq: aussi disait-il que les vieilles femmes étaient toutes ennuyeuses: quoique la fée fût très-antique, ce propos ne l'offensait pas.
LA SULTANE.
Elle possédait seule le secret de paraître jeune.
LA SECONDE FEMME.
Le prince obéit aux ordres de la fée; c'était toujours le parti qu'il prenait, pour peu qu'il eût le temps de la réflexion. Il vit Polychresta; il se plut même chez elle.
LA SULTANE.
Toutes les fois qu'il avait fait des pertes au jeu, ou qu'il boudait quelqu'une de ses maîtresses.
LA SECONDE FEMME.
À la longue, il s'en fit une amie; il goûta son caractère; il sentit la force de son esprit; il retint ses propos; il les cita, et bientôt Polychresta n'eut plus contre elle que son air décent, son maintien réservé et je ne sais quelle ressemblance de famille avec Azéma, qu'il ne se rappelait jamais sans bâiller. Les services qu'elle lui rendit dans des occasions importantes achevèrent de vaincre ses répugnances. La fée, qui n'abandonnait point son projet de vue, revint à la charge. Dans ces entrefaites on annonça au prince que plusieurs seigneurs étrangers, à qui il avait fait des billets d'honneur pendant sa disgrâce, en sollicitaient le payement, et il épousa.