Il porta à l'autel un front soucieux; il se souvint de Lively, et il en soupira. Polychresta s'en aperçut; elle lui en fit des reproches, mais si doux, si honnêtes, si modérés, qu'il ne put s'empêcher d'en verser des larmes et de l'embrasser.
LA SULTANE.
Je les plains l'un et l'autre.
LA SECONDE FEMME.
«Je n'ai point de goût pour Polychresta, disait-il en lui-même; mais j'en suis fortement aimé: il n'y a point de femme au monde que j'estime autant qu'elle, sans en excepter Lively. Voilà donc l'objet dont je suis désespéré de devenir l'époux! La fée a raison; oui, elle a raison: il faut que je sois fou! Les femmes de son mérite sont-elles donc si communes pour s'affliger d'en posséder une? D'ailleurs elle a des charmes qui seront même durables: à soixante ans elle aura de la bonne mine. Je ne puis me persuader qu'elle radote jamais; car je lui trouve plus de sens et plus de lumières qu'il n'en faut pour la provision et pour la vie d'une douzaine d'autres. Avec tout cela, je souffre. D'où vient cette cruelle indocilité de mon cœur? Cœur fou, cœur extravagant, je te dompterai.»
Ce soliloque, appuyé de quelques propositions faites au prince de la part de Polychresta, le forcèrent, sinon à l'aimer, du moins à vivre bien avec elle.
LA SULTANE.
Ces propositions, je gagerais bien que je les sais. Continuez.
LA SECONDE FEMME.
«Prince, lui dit-elle un jour, peu de temps après leur mariage, les lois de l'empire défendent la pluralité des femmes; mais les grands princes sont au-dessus des lois.»