LA SECONDE FEMME.

«Des femmes de sens ne doivent-elles pas être bien flattées des sentiments qu'on leur adresse, lorsqu'on en porte de semblables chez une dissolue qui n'a jamais aimé, qui n'a rien dans le cœur, et qui pourrait vous précipiter dans des travers nuisibles à mon bonheur, au vôtre, à celui de vos sujets? Qui vous a dit que cette impérieuse folle ne s'arrogera pas le choix de vos ministres et de vos généraux? qui vous a dit qu'un moment de complaisance inconsidérée ne coûtera pas la vie à cinquante mille de vos sujets, et l'honneur à votre nation? J'ignore les intentions de Lively; mais je vous déclare que les miennes sont de n'avoir aucune intimité avec un homme qui peut se livrer à Trocilla et à ses hiboux.»

LA SULTANE.

Ce discours de Polychresta m'enchante.

LA SECONDE FEMME.

Le prince était disposé à sacrifier Trocilla, pourvu qu'on lui accordât Lively.

LA SULTANE.

Notre lot est d'aimer le souverain, d'adoucir le fardeau du sceptre, et de lui faire des enfants. J'ai quelquefois demandé des places au sultan pour mes amis, jamais aucune qui tînt à l'honneur ou au salut de l'empire. J'en atteste le sultan. J'ai sauvé la vie à quelques malheureux; jusqu'à présent je n'ai point eu à m'en repentir.

LA SECONDE FEMME.

Génistan proposa donc l'avis de sa nouvelle épousée au conseil, où il passa d'un consentement unanime. Il ne s'agissait plus que d'être autorisé par les prêtres, qui partageaient avec les ministres le gouvernement de l'empire, depuis la caducité de Zambador. Il se tint plusieurs synodes, où l'on ne décida rien. Enfin, après bien des délibérations, on annonça au prince qu'il pourrait en sûreté de conscience avoir deux femmes, en vertu de quelques exemples consacrés dans les livres saints, et d'une dispense de la loi, qui ne lui coûterait que cent mille écus.