Génistan partit lui-même pour la Chine, et revit Lively plus aimable que jamais. Il l'obtint de son père, et revint avec elle au Japon. Polychresta ne fut point jalouse de son empressement pour sa rivale, et le prince fut si touché de sa modération, qu'elle devint dès ce moment son unique confidente. Il eut d'elle un grand nombre d'enfants, qui tous vinrent à bien. Il n'en fut pas de même de Lively: elle n'en put amener que deux à sept mois.

Vérité demeura à la cour pendant plusieurs années; mais lorsque la mort de Zambador eut transmis le sceptre entre les mains de son fils, elle se vit peu à peu négligée, importune, regardée de mauvais œil, et elle se retira, emmenant avec elle un fils que le prince avait eu de Polychresta, et une fille que Lively lui avait donnée.

Trocilla fut entièrement oubliée et Génistan, partageant son temps entre les affaires et les plaisirs, jouissait du vrai bonheur d'un souverain, de celui qu'il procurait à ses sujets, lorsqu'il survint une aventure qui surprit étrangement la cour et la nation.

Ici la sultane ordonna au premier émir de continuer; mais l'émir ayant toussé deux fois avant de commencer, Mirzoza comprit que le sultan venait d'entrer. «Assez,» dit-elle; et l'assemblée se retira.

SEPTIÈME SOIRÉE.

LE PREMIER ÉMIR.

Un jour on avertit le sultan Génistan qu'une troupe de jeunes gens des deux sexes, qui portaient des ailes blanches sur le dos, demandaient à lui être présentés. Ils étaient au nombre de cinquante-deux, et ils avaient à leur tête une espèce de député. On introduisit cet homme dans la salle du trône, avec son escorte ailée. Ils firent tous à l'empereur une profonde révérence, le député en portant la main à son turban, les enfants en s'inclinant et trémoussant des ailes, et le député, prenant la parole, dit:

«Très-invincible sultan, vous souvient-il des jours où, persécuté par un mauvais génie, vous traversâtes d'un vol rapide des contrées immenses, arrivâtes dans la Chine sous la forme d'un pigeon, et daignâtes vous abattre sur le temple de la guenon couleur de feu, où vous trouvâtes des volières dignes d'un oiseau de votre importance? Vous voyez, très-prolifique seigneur, dans cette brillante jeunesse les fruits de vos amours et les merveilleux effets de votre ramage. Les ailes blanches dont leurs épaules sont décorées ne peuvent vous laisser de doute sur leur sublime origine, et ils viennent réclamer à votre cour le rang qui leur est dû.»

Génistan écouta la harangue du député avec attention. Ses entrailles s'émurent, et il reconnut ses enfants. Pour leur donner quelque ressemblance avec ceux de Polychresta, il leur fit aussitôt couper les ailes. «Qu'on me montre, dit-il ensuite, celui dont la princesse Lively fut mère.

—Prince, lui répondit le député, c'est le seul qui manque; et votre famille serait complète, si la fée Coribella, ou dans la langue du pays, Turbulente, marraine de celui que vous demandez, ne l'avait enlevé dans un tourbillon de lumière, comme vous en fûtes vous-même le témoin oculaire, lorsque le grand Kinkinka le secouant par une aile, était sur le point de lui ôter la vie.»