Ce fut alors que le député ramena à la cour l'enfant que le prince avait eu de Lively, et qui avait passé ses premières années chez la fée, sa marraine, Coribella. C'était bien le plus méchant enfant qui eût jamais désespéré ses parents. Génistan son père ne s'était point trompé sur l'éducation qu'il avait reçue. On n'épargna rien pour le corriger; mais le pli était pris, et l'on n'en vint point à bout. Il avait à peine dix-huit ans, qu'il s'échappa de la cour de l'empereur, et se mit à parcourir les royaumes, laissant partout des traces de son extravagance. Il finit malheureusement. C'était la bravoure même. Au sortir d'un souper, où la débauche avait été poussée à l'excès, deux jeunes seigneurs se prirent de querelle. Il se mêla de leur différend, plus que ces écervelés ne le désiraient, se trouva dans la nécessité de se battre contre ceux entre lesquels il s'était constitué médiateur, et reçut deux coups d'épée dont il mourut.
LA SULTANE.
À vous, madame première.
LA PREMIÈRE FEMME.
De deux sœurs qu'il avait, l'une fut mariée au génie Rolcan, ce qui signifie, dans la langue du pays, Fanfaron. Quant aux autres enfants issus du temple de la guenon couleur de feu, on eut beau leur couper les ailes, les plumes leur revinrent toujours. On n'a jamais rien vu, et on ne verra jamais rien de si joli. Les mâles se tournèrent tous du côté des arts, et remplirent le Japon d'hommes excellents en tout genre. Leurs neveux furent poëtes, peintres, musiciens, sculpteurs, architectes. Les filles étaient si aimables que leurs époux les prirent sans dot.
LA SULTANE.
Alors on croyait apparemment qu'il fallait d'un côté une grande fortune pour compenser un grand mérite. Le temps en est bien loin. À vous, madame seconde.
LA SECONDE FEMME.
Ce fut un des fils de Polychresta qui succéda à l'empire. Ses frères devinrent de grands orateurs, de profonds politiques, de savants géomètres, d'habiles astronomes, et suivirent, du consentement de leurs parents, leur goût naturel, car les talents alors ne dégradaient point au Japon.
LA SULTANE.