JE fis en suite la mesme experience sur les os, & le 16. Juin je pris les os de cette viande qui avoit ainsi esté cuitte trois fois plus long-temps qu’il n’estoit necessaire, & les ayans mis dans une marmitte de verre avec de la graisse de mouton cuitte, & toute pure, je les enfermay dans le bain Marie; & ayant poussé la chaleur jusqu’à faire exhaler la goute d’eau en 4. secondes, & la pression neuf fois plus forte que la pression ordinaire de l’air, j’esteignis bien-tost le feu, & les os se trouverent cuits.
Je remis une seconde fois ces mesmes os dans la mesme marmitte de verre avec la mesme graisse, & j’y ajoûtay un nouveau morceau d’os, qui n’avoit jamais esté cuit, & y ayant donné le feu comme auparavant, je trouvay que le nouveau morceau d’os estoit bien cuit, & le reste point gâté.
Le 17. Juin je remis encore les mesmes os, dans la mesme marmitte avec la mesme graisse, & encore un autre morceau d’os qui n’avoit point esté cuit; & ayant donné le feu comme auparavant, je trouvay encore mon nouveau morceau d’os fort bien cuit, & le reste point gâté.
Je reïteray encore la mesme experience avec les mesmes os & la mesme graisse, mais cette derniere fois je donnay le feu, & plus fort & plus long temps; & il arriva que les premiers os étoient presques tout en poussiere, & sentoient le brûlé; qui ne paroissoit pourtant pas si desagreable que celuy de la viande l’est d’ordinaire: pour ce qui est de la graisse, elle n’avoit pas un fort bon goust, elle estoit seulement plus molle que d’autre graisse qui n’avoit esté cuite qu’une fois; je ne sçay pas si à force de la faire cuire on pourroit luy faire changer de nature: mais ie croy qu’il y faudroit plus de temps que ie n’y en pouvois donner.
Les trois premieres cuissons rapportées dans cette experience me firent voir que les os aussi bien que la viande se peuvent cuire trois fois aussi long-temps qu’il est necessaire sans danger de se brûler, & ainsi il est clair qu’en les faisant ainsi cuire separément les personnes les moins capables d’exactitude pourront en venir à bout.
PROPRIETEZ.
IE ne veux pas passer plus loin sans faire remarquer, que dans la 5. experience des os qui avoient esté exposez au feu de 12. onces de charbon ne paroissoient point amollis, quoy que 5. onces de charbon puissent suffire pour cét effet; cela fait voir que ce ne seroit rien de peser le charbon à moins de prendre garde en mesme temps de quelle maniere on pousse le feu: car on seroit toûjours en danger d’avoir la viande ou trop, ou pas assez cuite, & on peut compter cecy pour une proprieté de cette Machine, que plus on donne le feu à coup, plus il fait d’effet, avec la mesme quantité de charbon.
Cette experience me donna envie d’en faire voir un autre, afin de faire voir manifestement que la pression interne avance beaucoup en cuisson. Je pris donc deux petits vaisseaux tout à fait pareils bien fermez à vis; mais dont l’un estoit exactement soudé par tout, & l’autre avoit un petit trou au couvercle pour laisser échapper les vapeurs; les ayant tous deux mis ensemble sur un mesme Bain de sable, apres les avoir remplis de viande & d’eau de la mesme maniere, Je les laissay à mesme chaleur pendant trois quarts d’heure, & les ayant ôtez tous deux ensemble, je trouvay que la viande qui avoit esté exactement fermée estoit plûtôt trop, que pas assez cuite, au lieu que l’autre êtoit de beaucoup trop cruë; On peut donc encore compter cecy par une des proprietez de cette Machine, que, plus la pression interieure est grande, & plus les choses s’y cuisent, dans le même temps & avec la même chaleur.
EXPERIENCE VII.
AYant trouvé de la difference entre la chair de bœuf & celle de mouton, l’une êtant plus facile à cuire que l’autre; Je voulus voir s’il y en auroit aussi entre les chairs de mesme espece, mais de differends âges; Pour ce dessein le 4. de Juillet ie pris de l’agneau, & en mis dans deux verres, dans l’un desquels ie mis de l’eau, & comme il ne m’avoit fallu que 5. onces de charbon pour cuire le mouton, ie n’en pris que quatre 1/2 pour l’agneau, croyant qu’il devoit être plus tendre, ie poussay le feu le plus vivement que ie pus, & ie ne pus faire que la goute d’eau s’évaporast en moins de 11. ou douze secondes, la pression interieure êtoit huit fois plus forte que la pression ordinaire de l’air; J’attribuë ce peu de chaleur en partie à ce que mon charbon avoit esté déia la plûpart allumé & êteint, le feu s’êtant êteint peu à peu; Je trouvay qu’il ne restoit qu’une drachme de charbon qui n’eust pas esté consumée dans le verre sans eau les os n’estoient point amollis, sinon quelque petites extremitez: mais dans le verre avec de l’eau ils êtoient tout à fait mols, aussi il s’en falloit beaucoup que la viande n’y fust d’un goût si relevé que dans l’autre verre.