J’avois mis en même-temps dans une autre Machine des mêmes pigeons à cuire; ie poussay la chaleur iusques à faire exhaler la goute d’eau en 3. secondes, mais la pression n’y étoit que 5. fois plus grande que la pression ordinaire de l’air; mes vaisseaux estans refroidis je trouvay que les os n’estoient pas tout à fait si mols, que dans l’autre Machine, quoy qu’ils eussent eu la chaleur plus forte; ils estoient pourtant mangeables presque tous.
Cette experience me fit croire qu’on peut compter entre les proprietez de cette Machine, que c’est presque la mesme chose de faire exhaler la goutte d’eau en 3. secondes, avec 5. pressions ou de la faire exhaler en 5. secondes avec dix pressions. On pourroit ainsi trouver par experience, pour toute autre rencontre, que la quantité de pression, peut tenir lieu d’une certaine quantité de chaleur; & si l’on avoit un Thermometre exact, comme j’ay dit au Chap. 2. on en tireroit peut-estre de grandes lumieres pour autres choses.
Cette experience fait encore voir, que les Bains Marie bien fermez pour soûtenir de grandes pressions, épargneront extremement le feu: car nous avons veu expos. 10. que plus la pression interieure est grande, & moins il faut de charbon pour luy donner un certain degré de chaleur, & à present nous voyons que ce degré de chaleur acquis avec moins de charbon fait pourtant bien plus d’effet, que quand l’on est obligé d’y employer plus de charbon faute de pression interieure.
SUR LE POISSON.
EXPERIENCE XIII.
LE quinziéme Juin j’ay pris un maquereau & l’ay mis dans une marmitte de verre avec des grosselles vertes, j’enfermay la marmitte dans le Bain Marie, & avec 4. onces, deux drachmes de charbon je poussay la chaleur, jusques à faire évaporer la goutte d’eau en 10. secondes, & la pression au dedans étoit 7. fois plus forte que la pression ordinaire de l’air, aprés que le feu fût éteint, peu aprés je trouvay que le charbon qui restoit pesoit prés de 2. drachmes; le poisson estoit parfaitement bien cuit & ferme, quoy que les arrêtes fussent si tendres, qu’on ne les appercevoit pas en les mangeant; avant d’estre cuit, il pesoit 9. onces, & aprés être cuit il n’en pesoit plus que 7. si bien que j’eus environ 2. onces de bon suc qu’il auroit fallu jetter si mon poisson eut esté cuit comme à l’ordinaire; outre qu’il avoit le goust bien plus relevé, les sels volatils ne s’êtans ny eschappez ny dissous dans de l’eau; les groselles aussi n’êtoient point brûlées, mais avoient fort bon goût.
EXPERIENCE XIV.
LE 19. Juin je fis la mesme experience avec un brochet, & ie poussay le feu de la mesme maniere que dans l’experience precedente; & ie trouvay mon poisson encore fort bien cuit, & la chair ferme & les os tendres, quoy que pourtant ils me parussent un peu plus durs que ceux du maquereau; un Gentil-homme qui en goûta me demanda si c’estoit ce que ie mettois pour amollir les os qui donnoit si bon goust à la chair; ce qui me fit croire que ce n’estoit pas la préoccupation qui me faisoit iuger le poisson cuit de cette sorte meilleur que l’autre; le suc se changea en forte gelée; au lieu que celuy du maquereau êtoit tousiours demeuré liquide; je ne sçay pas si cette difference venoit de la chaleur de l’air, ou de la nature du poisson.
EXPERIENCE XV.
LE 20. Juin ie pris une grosse anguille, & l’ayant enfermée à l’ordinaire, i’y fis le feu de 4 1/2 onces de charbon, & ie poussay la chaleur iusques à faire exhaler la goutte d’eau en 6. secondes, & la pression 7. fois plus forte que la pression ordinaire de l’air, ayant laissé éteindre le feu peu à peu, ie trouvay mon anguille fort bien cuite avec la peau, & les os tendres sans empyreume: mais la chair n’avoit pas conservé de fermeté comme celle des autres poissons: le suc aussi ne se gela point, ce que i’attribuë plûtost au trop de cuisson qu’à la nature de ce poisson, dont la peau est sans doute fort propre à faire de la gelée.