Chapitre VI.

EXPERIENCES POUR LES CHYMISTES.

EXPERIENCE I.

LE 13. Juillet Mr. le Docteur Slare membre de la Societé Royale eut la curiosité d’essayer si le Bain Marie fermé à vis ne pourroit pas servir à haster beaucoup l’extraction des teintures difficiles en Chymie; Pour ce dessein nous mismes dans une des petites marmittes de verre du sel de tartre avec de l’esprit de vin rectifié; dans l’autre nous mismes de l’ambre avec du mesme esprit de vin; nous poussâmes la chaleur jusqu’à faire exhaler la goutte d’eau en 3. secondes, avec 12. pressions, & je l’éteignis bien-tost aprés: les vaisseaux estant refroidis, il se trouva que dans le verre où estoit le sel de tartre, la teinture estoit aussi forte qu’on l’eust pû faire en un mois de temps par la maniere ordinaire, & elle avoit le goût lexivieux; dans l’autre marmite la teinture d’ambre étoit beaucoup plus forte qu’on n’a coûtume de la faire.

EXPERIENCE II.

LE 15. Juillet Mr. le Docteur Slare eut encore envie d’essayer l’effet du bain Marie pour la teinture d’antimoine, nous allumasmes le feu environ à 10. 1/2 heures du matin; je poussay le feu jusques à faire exhaler la goutte d’eau en 2. secondes, & la pression interieure estoit 12. fois plus forte que la pression ordinaire de l’air; J’ôtay une partie du feu, & la chaleur estant diminuée en sorte que la goutte d’eau ne s’exhaloit plus qu’en 3. secondes, le Bain Marie ne perdoit rien du tout, j’entretins le feu à peu prés de cette force jusqu’à 1/2 heures; ensuite ie n’y regarday qu’un peu aprés 3. heures, & je trouvay mes vaisseaux fort refroidis, & le feu presque tout esteint: je le rallumay, & je poussay encore la chaleur jusques à faire exhaler la goutte d’eau en moins de 1 1/2 secondes, & il recommença à sortir quelque chose du Bain Marie par la petite soupape, & j’ôtay du feu en sorte que la goutte d’eau ne s’exhaloit plus qu’en 2. secondes, & le bain Marie cessa de s’en aller, je laissay éteindre le feu peu à peu, & ensuite ie trouvay que le vinaigre avoit tiré peu de la teinture d’antimoine, quoy que la chaleur eust esté plus forte & beaucoup plus longue, que pour la teinture du sel de tartre.

Quelque temps aprés en vuidant la marmitte, je trouvay que le verre d’antimoine estoit venu tout en une masse, comme s’il eust esté fondu, & que le dessus estoit rouge, mais le fonds estoit noirastre, ce qui nous fit croire que la teinture avoit esté toute tirée, mais qu’elle s’estoit ensuite precipitée.

Nous remarquasmes aussi une grande difference entre l’esprit de vin & le vinaigre distillé, c’est que la chaleur dans l’experience premiere avoit donné une si grande force à l’esprit de vin pour se dilater qu’il en estoit sorty une grande partie par dessus les bords de la marmitte, qui par ce moyen se trouva plus de demy vuide, & au contraire l’esprit de vinaigre s’estoit trouvé si peu capable de dilatation, que la pression dans le Bain Marie se trouvant autant ou plus forte que dans la marmite, elle ne se trouva point du tout vuidée, quoyque la chaleur eust esté plus grande que sur l’esprit de vin, & que la pression dans le Bain Marie eust esté égale dans l’une & l’autre experience.

EXPERIENCE III.

LE 2. Aoust je mis du rosmarin dans une grande marmitte de verre longue, & il estoit soûtenu par un petit treillis de fer, en sorte qu’il s’en falloit un tiers qu’il ne touchât au fonds de la marmite; J’allumay ensuite le feu vers le haut de la machine, afin que le bas demeurant le plus froid les vapeurs du rosmarin peussent se condenser au fonds de la marmitte, je poussay la chaleur jusqu’à faire exhaler la goutte d’eau en 6. secondes sur le couvercle, mais le bas estoit presque tout froid; ie trouvay ensuite que le rosmarin avoit rendu un peu d’eau rouge, & de bonne odeur, environ le poids d’une drachme, & 2. ou 3. gouttes d’huile essentielle qui avoit fort bonne odeur, & qui approchoit de la nature du beurre; estant plus épaisse que l’huile ordinaire; cette maniere de distiller a de l’avantage par-dessus la maniere ordinaire; 1. En ce qu’on n’est point en danger de rien perdre, 2. En ce que les vapeurs sont plus faciles à pousser en bas qu’en haut, & qu’ainsi n’estant mise en agitation que par la chaleur innocente du Bain Marie, & tombans incontinent par leur poids, elles conserveront bien mieux leur nature, que quand elles sont exposées à un feu moins benin qu’il faut qu’elles en reçoivent une agitation capable de les élever à une hauteur considerable; ce qui ne se peut faire sans danger d’alterer leur nature, 3. Dans les distillations ordinaires il demeure toûjours beaucoup d’huyle attachée au chapiteau, & quj ne tombe point dans le recipient, au lieu qu’icy il n’y a point de chapiteau, le recipient faisant les deux offices, reçoit d’abord toutes les vapeurs qui sortent du mixte.