Ce mesme tuyau HH sert aussi à remplir le Bain Marie aprés que les vis FF sont serrées & en suite j’y fais entrer le tuyau OO, qui le remplit juste pour la raison que j’ay dite cy-dessus.

POVR CONNOISTRE LE DEGRÉ DE CHALEUR.

J’Aurois fort souhaité pouvoir faire une sorte de Thermometre marqué comme il faut pour faire connoistre precisément de combien la chaleur s’augmente ou se diminuë, & je croy que par ce moyen en comparant les degrez de chaleur avec la quantité de l’effet qu’ils produiroient, on pourroit découvrir diverses choses sur la nature, & de la chaleur, & des choses surquoy elle agiroit, mais manquant de loisir & des commoditez necessaires pour ce dessein, je me suis au lieu de cela servi d’un moyen fort simple, & pourtant assez exact pour les usages dont je parle dans ce Traité; Je suspens proche de la Machine un poids à un fil d’environ trois pieds de long, afin que chaque vibration ou mouvement se fasse dans le temps d’une seconde ou environ; je mets ce pendule en mouvement, & je laisse tomber une goutte d’eau sur le couvercle de la Machine, afin d’observer en combien de temps cette goutte d’eau s’évaporera: car je suis assuré que plus la Machine est chaude, & moins le poids suspendu fait de tours & retours avant que la goutte soit évaporée, il faut pourtant prendre garde, que le lieu où l’on met la goutte d’eau soit toûjours bien net, parce que un peu de graisse est capable d’empescher considerablement l’operation.

Ayant ainsi moyen de mesurer les differends degrez de chaleur & de pression qui sont dans la Machine, il est bien aisé de se regler pour ne faire que l’effet qu’on veut, pourveu qu’on ait une fois éprouvé avec quelle force la Machine agit: car on n’aura qu’à prendre environ la quantité de charbon, que l’experience aura fait connoistre la plus propre; la mettre dans le fourneau sous le Bain Marie; laisser les portes & les registres du fourneau ouverts, jusques à ce que la chaleur soit parvenuë au point que vous voulez. En suite vous n’aurez qu’à fermer les portes & les registres pour étouffer le feu, & laisser refroidir les vaisseaux, il faut aussi avoir chargé la verge de fer LM autant qu’il est necessaire pour faire la pression qu’on veut, & on sera asseuré, qu’en gardant ainsi toûjours la mesme regle, l’effet se trouvera toûjours à peu prés pareil; du moins puis-je asseurer que j’ay manqué fort souvent tandis que j’agissois au hazard, mais depuis que j’ay ainsi trouvé moyen de me regler, j’ay toûjours fait mes operations fort bonnes, à moins de quelque malheur; Il faut pourtant remarquer, que si on ne mettoit dans la marmitte GG que peu de viande en comparaison de ce qu’elle peut contenir, elle ne pourroit y faire autant de pression qu’il y en auroit dans le Bain Marie, (en effet) j’ay quelquesfois veu des marmittes cassées par l’eau du bain marie qui les environnoit, & qui les pressoit plus fort qu’elles ne pouvoient soûtenir, & ainsi le poids qui seroit sur la verge LM ne nous pourroit faire connoistre la pression qui seroit dans la marmitte, il vaudra donc toûjours mieux mettre un peu trop que pas assez de viande; ou bien si on veut faire tout exactement & ne rien perdre, il faut suivre les directions que je donne au Chap. 2. Exper. 12.

Comme il seroit difficile de se servir sur la mer de l’invention que j’ay décrite pour connoistre le degré de pression, à cause que le branle du vaisseau feroit remuer les poids & ouvriroit la soupape P, il faut au lieu de cela laisser vôtre bain marie assez vuide, afin que la chaleur que vous avez dessein de donner fasse tout juste la pression que vous voulez. Par exemple, si vous voulez faire dix pressions, & que la chaleur soit assez grande pour faire évaporer la goutte d’eau en cinq secondes, il faudra ne mettre dans le bain marie que 7/8 de l’eau qu’il peut contenir, & prendre garde de ne pousser la chaleur que jusqu’où je viens de dire, & vous serez asseuré, qu’il n’y aura eu dans le bain marie qu’environ dix pressions, comme vous pouvez voir Chap. 2. Exper. 16. On pourra par ce moyen se passer de la verge de fer, & des points, & serrer simplement la petite soupape P avec une vis, ce qui sera facile en faisant faire le petit tuyau HH de fonte avec de petits appendices, comme le Cylindre AR. seulement, il ne sera pas necessaire de faire icy les choses fortes à cause de la petitesse de l’ouverture.

Il ne sera pas besoin de sçavoir precisément toutes les differentes quantitez d’eau qui seront necessaires pour faire tous les differens degrez de pression, avec tous les differens degrez de chaleur, mais il suffira pour l’usage ordinaire d’avoir toûjours une mesme quantité d’eau dans le bain marie, & trouver par experience quel degré de chaleur est necessaire pour chaque operation, avec cette quantité d’eau.

J’aurois souhaitté de pouvoir faire les choses aussi bien comme elles sont icy décrites: j’aurois ainsi pû déterminer la quantité de charbon ou de bois qu’il faut employer pour chaque operation, mais dans l’incertitude de mes affaires je n’ay point voulu bâtir de fourneaux, & je me suis toûjours contenté d’appuyer mes machines contre un coin de la cheminée, & de mettre le feu dans ce mesme coin entre la cheminée & la Machine.

Il y a donc bien de l’apparence que la chaleur n’est pas si bien ménagée comme elle le pourra estre dans un bon fourneau, & cependant je ne laisseray pas de donner icy le recit de diverses choses que j’ay déja faites avec cette Machine, parce que cela pourra toûjours beaucoup aider à trouver bien-tost la quantité de feu propre pour les autres Machines que l’on fera; & je croy aussi que la proportion d’une operation à l’autre se trouvera la mesme; J’ay trouvé par exemple qu’il falloit 2/7 moins de charbon pour cuire le mouton que pour cuire le bœuf; ainsi quand on aura trouvé par experience, la quantité de charbon necessaire pour cuire le bœuf dans une Machine, on n’aura qu’à prendre 2/7 moins de charbon pour cuire du mouton dans la mesme machine, & ainsi des autres operations.