Les ambulances régulièrement organisées n'étaient pas non plus, sur ce point, à l'abri de tout reproche. On rencontrait sur les routes des voitures absolument pleines d'ambulanciers. Je me demandais où ils pourraient, au retour, loger leurs blessés? et cela s'est vu jusqu'à la fin de la guerre, c'est-à-dire à une époque où les brancardiers, organisés en escouades, rendaient tout à fait inutile le transport de ce personnel de curieux, qui n'avaient même pas le prétexte de rendre des services.

Pour écarter cette cohue encombrante, il aurait suffi d'interdire le chemin des combats à toute voiture contenant plus d'un ambulancier en dehors du cocher.

On aurait ainsi réservé aux blessés toute la place disponible, et qui se trouvait occupée par des gens qu'une simple curiosité conduisait. Et comme, en général, ces gens-là étaient fort prudents, il en résultait que trop souvent les voitures s'arrêtaient beaucoup trop loin du combat.

Examinons maintenant de quelle façon l'intendance usait de ce monopole tyrannique, et comment elle en remplissait les obligations envers nos pauvres soldats blessés.

Le jour de l'affaire de l'Hay, je me présentai à la porte de Montrouge. L'officier de marine qui commandait le poste vint reconnaître les voitures. Je lui exhibai ma carte de fondateur d'ambulance ; car, en dehors de mon service de voiture, j'avais créé une douzaine de lits où je soignais mes blessés, ce qui me donnait droit à une carte spéciale.

L'officier me rendit ma carte et me dit, avec cette politesse exquise qu'on rencontre toujours chez les officiers de marine :

— Monsieur, je vois sur votre carte la croix rouge, les estampilles municipales, mais je n'y vois pas le visa de l'intendance, et, à mon grand regret, je ne puis vous laisser passer.

— Mais, monsieur, je ne représente pas seulement une voiture de transport. J'appartiens à la science, et mon intervention aura certainement une autre valeur que si j'étais un simple charretier porteur du visa de l'intendance.

— Je le comprends parfaitement, mais ma consigne est formelle et je vous en témoigne tous mes regrets.

— Je suis certain, cependant, que vous allez me laisser passer. Je lui remis alors ma carte personnelle. Il me la rendit en me disant :