— Y veulent pas venir.
J'allai à mon tour à la casemate. Si je leur avais dit : « Messieurs, veuillez avoir l'obligeance de venir emporter vos camarades, » ils m'auraient ri au nez. Je dus leur parler leur langage pour me faire obéir.
— Ah çà! vous ne voulez pas venir relever vos camarades ; eh bien! quand on vous cassera la g…, qui est-ce qui vous ramassera?
Immédiatement j'eus plus d'hommes qu'il ne m'en fallait. Dix minutes plus tard, j'en avais encore bien davantage. Il y eut un coup de casemate, c'est-à-dire qu'un obus vint éclater dans leur terrier, ce qui me donna assez de besogne, et tous s'empressèrent de déguerpir.
Il était curieux de constater les petits soins et les égards que témoignaient les communeux aux chirurgiens.
— Major, ne passez pas par là ; la place est dangereuse. — Major, venez dans notre casemate ; elle est plus sûre que les autres, etc.
Quand ils nous répondaient, leurs mains montaient jusqu'au képi, et nos ordres étaient exécutés avec un empressement et une ponctualité qui contrastaient fort avec la complète irrévérence qu'ils témoignaient à leurs chefs. Chacun d'eux s'empressait pour nous servir d'aide, et ils s'acquittaient de leur tâche avec beaucoup de zèle.
Je n'ai point l'intention, bien entendu, d'attribuer leur conduite à notre égard à un sentiment des convenances ou à un respect de la hiérarchie sociale. Pas le moins du monde ; pour eux, c'était une affaire d'intérêt. Ils se disaient : « Si on nous casse quelque chose, le major est là ; il faut donc avoir soin de lui et ne pas lui être désagréable ; sans quoi il pourrait bien nous planter là, et alors qui donc aurait soin des fils de nos mères? »
Pendant que j'étais au fort, on vint m'avertir qu'un de mes confrères venait d'être blessé au fond de cette espèce de ravin qui sépare les forts d'Issy et de Vanves, là où le chemin de fer forme un énorme remblai percé en bas d'une voûte où passe la route. Je me rendis près de lui.