Je me gardai bien de dire que c'était la maison voisine ; en pareil cas on ment avec un aplomb superbe. Du reste j'avais flatté sa vanité en le traitant de colonel ; il était à moi.

— Brûler votre ambulance! c'est absurde ; je ne veux pas de cela.

Je fis venir les officiers et le porteur de l'ordre communeux, qui était en train d'exciter la foule. Appuyé par le commandant qui entrait tout à fait dans mon plan de résistance, je me fis écouter. Je représentai à ces brutes qu'il était odieux de songer à brûler une ambulance renfermant leurs frères, qui avaient versé leur sang pour leur cause, etc.

La vérité, c'est qu'en fait de blessés je n'avais qu'une quarantaine de matelas sauvés du pillage des maisons voisines et un pauvre diable qu'ils avaient entraîné de force et qui s'était dit blessé pour leur échapper.

Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'ils ignoraient entièrement cette circonstance, car je n'avais laissé pénétrer personne dans ma maison ; quand la porte s'ouvrait, et Dieu sait combien de fois ils tirèrent la sonnette, j'étais toujours là pour en barrer l'entrée ; et j'avais été assez heureux pour repousser toutes les réquisitions ou perquisitions qu'ils avaient voulu me faire subir depuis la veille.

Le vent tournait de mon côté, j'étais maître de la situation. Dans ces bagarres, un rien suffit pour vous perdre ou vous sauver ; si vous ne dominez pas la foule, elle vous écrase. La majorité était passée de mon côté et j'étais absolument disposé à m'en servir.

Alors l'homme au papier composa et me dit :

— Je consens à ne pas mettre le feu, mais à la condition que tout sera détruit et brisé dans la maison.

— Il y a une heure que vos amis sont là-haut, et vous devez comprendre que sous ce rapport il ne doit plus rien rester à faire.

— Major, ajouta un capitaine, il faut que ces gens-là soient punis (punis de quoi, mon Dieu!). Prenez tout le linge pour votre ambulance, et le vin de la cave pour vos blessés.