— Alors vous êtes décidés à vous laisser brûler?
— C'est vrai que c'est embêtant ; mais qu'est-ce que vous voulez que nous y fassions?
— Il faut se défendre ; la vie d'un homme aujourd'hui ne pèse pas une once ; vous avez des armes ; envoyez une balle dans la tête ou un coup de baïonnette au premier qui s'avancera pour mettre le feu ; le second réfléchira avant de risquer l'aventure.
Le sinistre gredin qui voulait nous brûler n'osait rien dire. Je sentais qu'il avait peur de perdre la partie et l'enjeu était sérieux. Je profitai de son hésitation ; je montai la tête de mes hommes, et ils finirent par me dire :
— C'est entendu, le premier qui approchera recevra son affaire.
Je les plaçai devant la porte.
— Restez là et ne bougez pas. Tenez seulement un quart d'heure, je me charge du reste.
Je sentais bien que je venais d'obtenir un simple répit. L'incendiaire s'était glissé dans la foule, et j'allais avoir sur les bras le rebut de cette canaille.
Je courus le quartier et je fus assez heureux pour mettre la main sur un commandant d'état-major, homme qui semblait bien élevé et qui n'était point ivre.
— Colonel (il sourit de la façon la plus gracieuse), venez donc me dégager, on veut brûler mon ambulance.