— Déménagez votre ambulance.
— Je ne déménagerai pas, et vous ne brûlerez rien.
— Vous allez voir cela.
Je me mis à la poursuite des chefs et leur démontrai combien il était stupide de brûler une ambulance pour venger un coup de fusil qui n'avait pas été tiré.
Mais le gredin me suivait partout, son papier à la main, et aussitôt qu'il l'avait montré, les chefs les mieux disposés me tournaient le dos en me disant :
— C'est un ordre de la Commune ; que voulez-vous que j'y fasse?
Leur attitude ne m'était pas très-hostile. Ce jour-là on devinait qu'ils ne tenaient pas absolument à voir la maison brûler, mais ils ne se sentaient pas le courage de s'opposer à un ordre de la Commune.
Ils semblaient dire : Tirez-vous de là comme vous pourrez ; ici chacun joue sa peau, défendez la vôtre. Tout ce que nous pouvons faire, c'est de ne pas nous en mêler. Ils craignaient de passer pour suspects et tremblaient devant ce chiffon de papier qui représentait la Commune.
J'avisai alors des gardes nationaux habitant le voisinage ; je leur fis comprendre que l'incendie de cette maison était l'incendie du quartier, et que ce qu'ils possédaient serait naturellement détruit. En effet, la rue du Roule, qui forme encoignure avec le magasin de Henri IV, est formée de vieilles constructions, de maisons petites, enchevêtrées les unes dans les autres et qui auraient brûlé d'autant mieux jusqu'à la dernière qu'il était défendu sous peine de mort de jeter un seau d'eau sur une maison incendiée.
Parmi ces gardes nationaux j'en remarquai deux qui semblaient plus énergiques que les autres. Je les pris à part :