Je suis peu crédule à l’endroit des jeunes filles hydropiques, cependant je compris que mon intervention pourrait être dans ce cas très-promptement nécessaire, et je suivis l’inconnu rue X…, no 23.

Je trouvai une jeune fille de 16 ans qui se tordait sur son lit en proie à de vives douleurs ; une brave femme de mère en pleurs, un grand frère barbu, un autre moustachu formaient le fond du tableau.

Je ne m’étais pas trompé dans ma supposition. Après examen, je reconnus une hydropisie… âgée de neuf mois… et à terme. La présence de la mère m’inquiétait peu, une mère qui croit que son enfant va mourir, a le pardon facile ; les frères me gênaient davantage. Il y avait de l’émotion sur leurs figures énergiques, mais l’émotion pouvait, en pareille circonstance, céder la place à la colère, et je ne me souciais nullement de les avoir pour collaborateurs dans la petite opération que la nature semblait vouloir mener à bien toute seule.

La famille attendait pleine d’angoisses l’oracle que j’allais rendre. J’avais besoin de faire un prologue à la comédie qui allait se jouer ; il fallait, avant tout, me débarrasser de la famille.

— Je réponds de la vie de cette malade, mais j’ai besoin de rester seul avec elle ; veuillez vous retirer dans une autre pièce.

Un soupir de soulagement agita l’atmosphère ; le frère moustachu ouvrit la marche un flambeau à la main, la mère prit une lampe pour le suivre, et le barbu armé du bougeoir, forma l’arrière-garde. Dans leur trouble, ils me laissèrent à tâtons.

Aussitôt que nous fûmes seuls, la jeune fille me dit :

— Vous croyez, Monsieur, que je n’en mourrai pas ?

— Mais non, l’enfant se présente bien.

— Quel enfant ?