La terre se trouvait prise de frissons et de tremblements, comme un malade atteint de fièvre ; le sol devenait houleux et vacillant, des détonations souterraines accompagnaient les déchirements de ses entrailles ; les montagnes s’élevaient comme d’immenses pustules qui suppuraient une lave brûlante et des torrents de feu ; des pays s’éventraient et disparaissaient sous les eaux ; les eaux étaient refoulées dans les bassins des mers.

Puis tout rentrait dans le silence, jusqu’à ce qu’une nouvelle convulsion vînt apporter de nouveaux changements à la configuration du globe.

Cette période de révolutions est close ; la terre a pris des cheveux blancs, elle est revenue des folies de sa jeunesse, et si parfois, songeant à son passé grandiose, elle se permet la petite débauche de fabriquer une île nouvelle, c’est une simple plaisanterie, sans conséquence, et qui n’a d’autre but que d’effrayer les gens.

Elle a dû bien s’amuser des folles terreurs des Néa Kamméniens. Les craquements souterrains qu’on entendait étaient peut-être les manifestations de sa gaieté : c’est sa manière de rire, à elle.


A l’heure solennelle où le potage fumant va subir sa triste destinée sur la table du praticien, il y a quelques jours, une main fiévreuse fit palpiter ma sonnette et un inconnu effaré se précipita dans mon cabinet en bousculant ma servante qui avait envie de crier au voleur.

L’inconnu n’était point un voleur, mais un homme haletant et bien pressé.

— Venez, docteur, me cria-t-il d’une voie entrecoupée, venez de suite… avec moi… sauver la vie… à une jeune fille… hydropique… qui va mourir… elle perd son eau… et pousse des cris… à fendre l’âme…

— Et depuis combien de temps a-t-elle cette… fuite ?

— Depuis midi, mais elle souffrait moins que maintenant.