Quelque Titan, mal écrasé, grouillait probablement encore sous les roches profondes, et lançait dans un dernier défi la nouvelle île vers le ciel.

Vingt-quatre heures après elle mesurait cinquante mètres de longueur, douze de largeur et quarante-cinq de hauteur. Elle se fendille, et laisse passer les flammes à travers ses fissures. La nuit, on dirait qu’une légion de follets s’échappe par ses fêlures pour courir le monde.

Avec une telle faculté de croissance, si la nouvelle île avait l’ambition des grandeurs, elle transformerait bientôt, en poussant de la sorte, l’archipel grec en continent, et la Méditerranée en marais desséché.

Les pirates de la mer Égée seraient obligés d’exercer la flibuste en patache, et les gracieuses tartanes céderaient la place aux âniers du Péloponnèse. C’est impossible : une île n’a pas le droit de bouleverser ainsi les mœurs et coutumes d’un peuple.

Quel nom va-t-on imposer à ce gigantesque nouveau-né ? Il lui faut au moins pour parrain une des pyramides d’Égypte, et les dragées du baptême auront la taille des citrouilles.

La terre appartient au premier occupant ; si M. Lenormand, auquel on doit l’observation de ce phénomène géologique dont il a été témoin, avait eu la présence d’esprit de s’asseoir sur ce pic aride, au moment où il sortait du sein de l’onde, il en serait devenu le propriétaire, et même le monarque absolu. Voilà une occasion de monter sur un trône qu’il ne retrouvera peut-être jamais.

Il est vrai, que si cette île au tempérament tropical est pittoresque, elle est un peu sauvage ; exclusivement constituée par de la pierre ponce (j’en ai vu un morceau), ce terrain n’est pas très-favorable à la culture des plantes potagères. M. Lenormand a pu être arrêté par la crainte d’avoir un peuple à nourrir — et de roussir son pantalon.

Ces convulsions, qui accompagnent la naissance d’une petite île perdue dans l’immensité des mers, vous représentent sur une échelle au dix-millième l’histoire des soulèvements du globe. C’est par un mécanisme semblable qu’ont surgi les chaînes de montagnes qui constituent l’épine dorsale de la terre.

Notre planète n’était d’abord qu’une masse incandescente ; le refroidissement de sa superficie a permis aux matières en fusion de s’y déposer progressivement sous forme d’écorce, d’enveloppe solide. On estime que cette enveloppe a 40 ou 50 kilomètres d’épaisseur. Mais le reste de la masse, le noyau central, est toujours en ignition et représente sous nos pieds un globe de feu d’à peu près 13,300 kilomètres de diamètre : une jolie chaufferette.

Cette fournaise communique avec l’extérieur par quelque 200 volcans, qui lui servent de cheminées, en jouant pour nous le rôle de soupapes de sûreté. Mais les volcans sont d’une formation relativement assez récente. Avant leur apparition, lorsque le feu central fabriquait tout à coup de grandes masses de vapeur, l’enveloppe solide se déformait sous leur immense pression.