— Oh ! c’est bien vrai !

— Vous n’avez pas su vous défendre, vous vous êtes évanouie.

— C’est bien cela.

— En revenant à vous vous étiez déshonorée !

— Oh ! oui, Monsieur, c’est bien vrai tout cela.

— Eh ! non, ce n’est pas vrai, mais il est nécessaire dans votre intérêt que vos frères croient à cette histoire ; ils n’ont pas l’air d’entendre la plaisanterie, et le premier mouvement pourrait être difficile à arrêter.

La jeune fille comprit que la crédulité n’était pas ma vertu dominante, elle prit le parti de se taire et je fis rentrer la famille. Je débitai mon petit speech. Je racontai la chose avec tous les ménagements imaginables, avec toutes les précautions oratoires capables de faire naître l’attendrissement ; la pauvre mère était prise, elle pleurait en embrassant sa fille. Les frères étaient immobiles et sombres ; mon roman n’avait pas près d’eux un succès d’enthousiasme. L’aîné, le moustachu, un ex-lieutenant de spahis, poussa un effroyable juron.

— C’est X…, j’en suis sûr… le misérable, il faut que je le trouve.

— Partons, dit le barbu.

Et ils s’élancèrent comme une trombe à la recherche de X…