L’accent méridional de M. Coste prête un certain charme à sa diction. C’est pour moi la gousse d’ail qui parfume et relève la saveur de l’excellent gigot de présalé.
Les applaudissements du public et les félicitations de ses collègues lui ont assuré le fauteuil de secrétaire perpétuel, qu’il n’occupe que par interim. Les comptes rendus et les journalistes ne pourront qu’y gagner.
Le cri des Romains était : du pain et des spectacles ! Sous leur beau ciel, le reste pouvait leur paraître accessoire. Notre civilisation se montre plus exigeante : nous aimons aussi les spectacles, mais ils sont insuffisants pour charmer les loisirs de notre imagination. L’école primaire, que les Romains fréquentaient peu, a fait naître un besoin général de lecture dans toutes les classes de la société, et tout ce qui s’imprime trouve des lecteurs, depuis le chef-d’œuvre de l’esprit humain jusqu’à ces romans au vert-de-gris qui couvent l’assassinat des marchandes à la toilette ; en passant par l’histoire des victoires et conquêtes des cocottes, ce macadam social, qui salit les chaussures des gens qui le traversent.
Permettez-moi de croire que vous ne trouvez guère de charme à lire l’apothéose des gredins, et que vous vous intéressez peu aux efforts gigantesques des héros de roman qui déracinent l’obélisque pour écraser une puce. Vous êtes certainement de mon avis, que cette littérature est aussi malsaine pour l’intelligence que les jouets peints à l’arsenic sont dangereux pour les enfants qui s’en amusent.
Cependant vous aimez la lecture, et je vous en félicite de tout mon cœur. Permettez-moi donc d’attirer votre attention sur une série d’ouvrages scientifiques qui viennent frapper discrètement à la porte de votre bibliothèque.
Il y a dix ans, un livre scientifique était aussi amusant pour vous que la contemplation du tombeau d’un Pharaon. Il parlait une langue qui vous était inconnue, et son écorce hérissée vous empêchait d’en goûter les fruits.
Quelques jeunes auteurs, disciples fervents et éclairés des Académies, ont pris la peine, à votre intention, de faire descendre la science des hauts sommets où elle perche, et d’en vulgariser les questions les plus intéressantes. La cosmologie, la physique, la chimie, l’histoire naturelle et les progrès de la haute industrie forment la matière de ces volumes. Ils sont écrits d’une manière claire, élégante, précise et exacte, par des hommes du métier, dont l’ambition est d’être parfaitement compris de vous. Ces ouvrages sont déjà assez nombreux. Je me bornerai à vous signaler seulement ceux qui sont fraîchement éclos.
La science populaire, de P. Rambosson, qui en est à sa quatrième année. L’auteur a été chercher dans la mer des Indes les premières notions de la carte routière des orages, qui jouera désormais un si grand rôle dans la navigation. M. Rambosson doit être né dans le rez-de-chaussée d’un journal scientifique. Il paraît tout jeune encore, et il me semble que j’ai toujours lu ses articles. C’est un écrivain modeste et fort méritant.