Les Causeries scientifiques (5e année), de M. de Parville, vulgarisateur très-fin et très-élégant, qui fournit de la science à trois ou quatre journaux politiques.


Les Semaines scientifiques, d’A. Sanson, que les lecteurs de la Presse n’ont point encore oublié.

Écrivain oseur ne détestant ni la polémique ni la bataille, M. Sanson est un positiviste avancé ; il s’en défend, parce qu’il aime la contradiction ; mais je le connais bien, et je puis vous répondre qu’il l’est autant que moi.

Ces trois livres ont un grand air de famille, et cependant ils constituent des individualités différentes. Je vous assure que, lorsque vous les aurez lus, vous pourrez introduire dans la conversation des salons un élément qui fait là trop souvent défaut : l’intérêt.

Ceci dit, je ne veux pas laisser passer sans les arrêter au collet certains chapitres du livre de mon ami Sanson, où il est question de ces pauvres médecins, sur le compte desquels il aime assez à s’égayer. Comme si après Molière quelqu’un devait oser toucher à sa guitare ! M. Sanson poursuit partout le monopole avec l’ardeur d’un chasseur de chevelures.

S’il rencontre sur sa route un diplôme de docteur, il s’empresse de brandir son scalpel en s’écriant : A bas le monopole médical, vive l’exercice libre de la médecine que le premier venu doit pratiquer sans jamais l’avoir apprise. Il faut que le malade soit absolument libre d’appeler, pour le soigner, qui bon lui semble : tant pis s’il se trompe.

Cela me rappelle le mot d’un fameux massacreur de la Saint-Barthélemy qui frappait impartialement sur les huguenots et les catholiques en criant : — Tue ! tue tout ! Dieu saura bien reconnaître les siens. Il est certain que, dans cette circonstance, Dieu n’a pas commis d’erreur de répartition. Mais le public, qui n’a pas le même discernement, serait exposé à confier sa vie et celle des siens à un domestique sans place, à un déclassé de la société qui s’intitulerait médecin ; car rien n’est facile comme de faire tirer la langue du prochain, de lui tâter le pouls, et de prendre un air grave en signant, sous prétexte d’ordonnance, un passe-port pour l’éternité.

J’ajouterai que le public a toujours eu le droit, et il en use, de se faire estropier par les charlatans. Il peut faire mutiler ses doigts par le marchand de vin qui soigne les panaris ; graisser ses douleurs par la pommade Bossu ; traiter ses cancers par le Javanais au museau bronzé ; disloquer ses articulations par les rebouteurs et voler son argent par les somnambules. La justice trouve le malade assez puni de sa sottise et ne s’occupe pas de lui, elle se contente d’infliger aux charlatans une petite amende qu’ils savent habilement transformer en grosse réclame.