A partir de ce moment, le maître et l’élève se lièrent d’une vive amitié. Souvent ils faisaient ensemble les visites du maître, et l’élève, qui l’attendait dans la voiture, avait soin de lui dire : Tu sais, ne sois pas trop longtemps, sinon je file avec l’équipage. Et cela, en effet, lui arrivait parfois. Le savant chirurgien supportait, avec une bonhomie pleine d’indulgence, ces petites tyrannies de l’amitié. Il est vrai que l’interne était un homme capable, dont les services étaient fort appréciés dans les opérations délicates et minutieuses où le rôle des aides prend une véritable importance.
MM. Eulenburg et Landois viennent de communiquer à l’Institut des expériences intéressantes sur la transfusion du sang, opération qui consiste à introduire dans les veines d’un malade épuisé par une hémorrhagie, du sang emprunté à un homme sain. Le succès de cette opération, déjà grave par elle-même, était compromis par les altérations rapides que subit ce liquide immédiatement après sa sortie du vaisseau, et les différents appareils imaginés pour opérer la transfusion directe ne remplissaient qu’incomplétement le but qu’on se proposait.
Déjà Brown-Séquard avait reconnu que le principal obstacle résidait dans la coagulation de la fibrine qui produit le caillot des saignées, et il l’avait évité en défibrinant le sang, c’est-à-dire en enlevant la fibrine au moyen du battage. Il avait de plus établi que le sang employé devait provenir des artères et non des veines, en raison de l’acide carbonique que ce dernier contient.
Les expériences d’Eulenburg et Landois sont divisées en trois groupes. Celles du premier confirment ce qu’on pouvait déjà prévoir, c’est qu’on ne peut substituer dans la transfusion, au sang complet, quelques-uns de ses éléments isolés, tels que le sérum ou l’albumine, de plus, que le sang chargé d’acide carbonique fait périr l’animal dans les convulsions.
Les résultats des expériences du second groupe sont plus intéressants. Les auteurs ont combattu avec succès les phénomènes d’empoisonnement déterminés par l’ingestion de substances toxiques, solides comme l’opium, ou gazeuses comme l’oxyde de carbone ; et cela au moyen de la transfusion répétée. On soustrait ainsi à l’animal empoisonné le sang qui sert de véhicule au poison, et on lui injecte un sang normal nouveau qui lui donne une nouvelle vie. Si le moment d’appliquer à l’homme ces expériences n’est pas encore venu, elles n’en sont pas moins dignes d’une sérieuse attention.
Les expériences du troisième groupe sont destinées à prouver que la vie peut être prolongée chez les animaux absolument privés d’aliments par la transfusion du sang d’un animal de même espèce, bien nourri. Ils ont fait vivre pendant vingt-quatre jours un chien dans ces conditions, chez lequel les injections étaient pratiquées tous les deux jours.
Jusqu’ici ces intéressantes expériences ont été faites seulement sur les animaux. Malgré leurs résultats remarquables, si on vous proposait de vous y soumettre, je vous engage à faire, avant d’accepter, de sérieuses réflexions.