Cependant j’espère avoir trouvé un procédé de trichinoculture qui permettra d’obtenir la reproduction des trichines dans un autre milieu que l’intestin d’un animal vivant.
— A quoi bon ?
— Il est de principe, en stratégie, d’étudier les mouvements de son ennemi, et jusqu’à présent nous n’avons jamais saisi sur le fait le mécanisme intime de la reproduction trichinaire. Ce que nous en savons repose sur des inductions que je crois rigoureusement exactes, mais dont l’évidence sera bien plus manifeste quand elle aura subi le contrôle de l’examen direct.
Voici mon procédé d’expérimentation, et j’espère que quelques-uns de mes confrères en tireront parti : de la multiplicité des expériences jaillissent les faits nouveaux.
Nous possédons en médecine deux agents de digestion artificielle, la diastase et la pepsine. Si on place un morceau de viande en contact avec la pepsine dans un vase maintenu à une température de 40° centigrades, on le voit se dissoudre en vingt-quatre heures et se transformer en peptone, comme dans la digestion stomacale d’un animal vivant. Cette propriété est journellement utilisée chez les individus atteints de dyspepsie. La pepsine alors détermine une digestion artificielle que l’estomac malade ne peut accomplir seul.
En plaçant de la viande trichinée dans ces conditions, elle est bientôt digérée artificiellement. L’enveloppe kystique se dissout et les animalcules, mis en liberté, se trouvent exactement dans les mêmes conditions que dans l’intestin d’un animal et ils acquièrent leur aptitude à la reproduction. J’ai déjà exécuté cette partie du programme.
En continuant l’expérience, les embryons trichinaires ne peuvent naturellement opérer leur migration en dehors du milieu qui les contient. Ils doivent devenir adultes sous l’œil de l’observateur, sans passer par la période d’enkystement, et donner lieu à une nouvelle génération d’animaux semblables. Le résultat exige, pour se produire, un temps qu’il m’est difficile de déterminer d’avance. Mais j’espère qu’en suivant cette voie on verra surgir des faits de nature à éclairer quelques points encore obscurs de l’histoire des trichines.
Puisque l’infortuné porc est en ce moment chargé de malédictions comme au temps d’Israël, je n’ajouterai guère à l’horreur qu’on lui témoigne, en vous révélant que nous lui devons également le ver solitaire. Je lui jette donc sans remords cette dernière pierre.
Le porc est souvent atteint d’une maladie nommée ladrerie. Elle est caractérisée par la dissémination dans ses tissus de vers ayant l’apparence de petites vésicules et qui portent le nom de cysticerques.
Küchenmeister a récemment démontré que les cysticerques ne sont que les embryons d’un ver plus redoutable, et, qu’avalés par un animal, ils subissent, dans l’intestin, des transformations analogues à celles des trichines ; ils s’allongent, se développent et deviennent ces interminables ténias qui ont dix fois la longueur de l’homme qui les nourrit dans ses entrailles. Le cysticerque est plus volumineux que le kyste des trichines, et sa vitalité est également détruite par la cuisson.