Malgré ces inconvénients, je mange du porc plus souvent que jadis, seulement j’ai soin qu’il soit bien cuit. Ce n’est pas que je l’aime, mais j’ai vraiment pitié de ces pauvres charcutiers, dont la boutique est tombée dans le marasme. Lorsque je les vois les bras croisés, accoudés sur leur porte, implorant d’un œil triste le passant qui fuit épouvanté, je me dis : Il faut encourager les arts et faire vivre les charcutiers.

En vérité, le Français n’est pas poltron, mais quand il s’y met il fait bien les choses, surtout lorsqu’il s’agit de maladie. Sur quelque quarante millions de citoyens on n’a pas encore observé chez nous un seul cas de trichinose, cependant depuis trois mois on voit des trichines partout et on se laisserait mourir de faim devant un plat de jambon.


La question de l’hygiène hospitalière a été vivement agitée dans ces derniers temps. La reconstruction de l’Hôtel-Dieu l’a mise à l’ordre du jour. Son importance est considérable, et l’humanité exige que les malheureux qui viennent réclamer un lit à l’hôpital reçoivent des secours aussi efficaces que possible.

Vous ne pouvez vous faire une idée de l’immense complication du service de l’assistance publique, et de l’ordre admirable qui règne dans l’administration des secours ; de la propreté, des soins minutieux que les malades reçoivent dans nos hôpitaux. Le service médical est fait par l’élite des praticiens, et le titre seul de médecin d’hôpital est un brevet de capacité hors ligne, car on ne l’obtient qu’après de pénibles concours, et vingt compétiteurs se disputent une place.

Le zèle et les soins les mieux dirigés, échouent devant certaines conditions matérielles, et la construction, la disposition du bâtiment jouent un grand rôle dans les succès qu’on y obtient.

Depuis bien longtemps on était attristé par la mortalité terrible qui sévit sur nos Maternités. La parturition est une fonction physiologique, et cependant la fièvre puerpérale tue dans les hôpitaux une femme sur dix-neuf. Dans la pratique de ville au contraire, malgré la misère trop fréquente, les privations, et les plus mauvaises conditions hygiéniques, on ne perd qu’une femme sur cent soixante-dix environ.

Le directeur de l’Assistance publique, dans l’espoir d’améliorer cette triste situation, a chargé le docteur J. Le Fort d’aller étudier les Maternités de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Russie. M. Le Fort vient de publier, sous le titre : les Maternités, le résultat de cette vaste enquête. Ce travail considérable, lamentable histoire des misères humaines, ajoute à des faits connus des documents nouveaux qui intéressent et les médecins et les esprits sérieux préoccupés des hautes questions sociales. Il met en évidence la nécessité, déjà entrevue, d’encourager le développement des secours à domicile pour soustraire les femmes à cette horrible fièvre puerpérale qui envahit les Maternités.

M. U. Trélat, chirurgien en chef de la Maternité de Paris, a publié sur le même sujet un vigoureux mémoire ayant pour titre : les Hôpitaux ; assistance et hygiène, que je recommande à votre attention.

L’administration s’efforce de suivre la voie que lui tracent les médecins, qui sont les meilleurs juges en ces matières, et tout nous fait espérer que bientôt nous n’aurons plus rien à envier, sous ce rapport, aux étrangers.