Depuis le récit de Théramène, le rivage grec n’avait rien vu d’aussi terrible.

Le roi Georges y perd son île qui s’est changée en promontoire. Franchement ce monarque aurait tort de beaucoup le regretter ; il est difficile d’imaginer rien de plus aridement sauvage, M. Sainte-Claire-Deville a présenté à l’Institut deux grandes photographies du nouveau promontoire. Examinez à travers un fort télescope, un de ces tas de cailloux en granit sombre, destinés à ressemeler le macadam, et vous aurez une idée très-exacte du nouveau promontoire. C’est le même entassement irrégulier de roches anguleuses, qui semblent n’avoir d’autre lien que l’engrènement de leurs aspérités.

Et le tas de pierres grossit toujours ; île hier, promontoire aujourd’hui, peut-être demain continent ; je commence à craindre la transformation de la Méditerranée en marais desséché, que j’avais indiquée comme possible par l’exhaussement du sol.

Cependant, comme compensation, certaines parties de l’île s’enfoncent. On voit, à gauche du promontoire, le sommet d’une maison qui surnage encore. Le propriétaire est très-favorisé, il lui reste au moins un toit pour… s’asseoir. Les autres, expropriés par les tritons et les néréides, ne pourraient habiter leurs immeubles que dans un appareil à plongeur.

Du reste, les maisons étaient devenues inutiles, la terreur ayant chassé tous les habitants. On n’y voit plus ni hommes ni femmes, il ne reste que des savants stoïques et fermes sous la pluie de rochers inintelligents qui les assomment. Car c’est là une nouvelle complication, l’île au début était assez inoffensive ; maintenant qu’elle s’est élevée au grade de promontoire, elle est devenue agressive, rageuse, et se défend avec ses armes naturelles comme si on en voulait faire le siége.

Le phénomène qui bouleverse la rade de Santorin n’est point isolé ; le cataclysme donne des représentations en province, en faveur des Grecs qui ne peuvent pas se déplacer. L’Arcadie et la Laconie ont eu leurs petits tremblements de terre, et les habitants de Patras, Chio et autres lieux, ont été réveillés par des bruits souterrains, et des secousses fertiles en lézardes et en démolitions. Un îlot nouveau a pointé dans la rade de Santorin, et un écueil a surgi près de l’île de Cérigo.

Toutes ces convulsions semblent avoir pour point de départ le mont Etna, qui est depuis la même époque en éruption. Les ondulations suivent un trajet déterminé, une ligne droite qui relie le vieux volcan aux parages de Santorin.


Je vous ai parlé, il y a quelques semaines, de M. Montagne, le vénérable et dernier survivant de la commission scientifique qui accompagna Bonaparte en Égypte ; quelques jours après cette causerie, le vieux savant s’éteignit doucement. L’Institut, dans sa dernière séance, a élu son remplaçant.

La section avait porté sur la liste de présentation en première ligne, M. Trécul, botaniste acharné, qui méritait d’être élu ; il a été, en effet, nommé à une belle majorité. En seconde ligne, M. Chatin, professeur à l’École de pharmacie. Les travaux de M. Chatin sont très-importants et fort estimés. Son dernier ouvrage est une monographie du cresson (la santé du corps !) dont je recommande la lecture à ceux qui veulent étudier cette crucifère autrement qu’en salade.