Ce jour-là seulement il aura atteint la cent soixantaine. Alors il sera enterré officiellement selon les rites et coutumes de l’Institut, si la célèbre compagnie existe encore.

M. Flourens a tort de croire que le public et ses collègues ne s’apercevront de rien.

Il a pris soin de constituer une rente en faveur de l’huissier qui serait chargé de lisser sa mèche, de l’épousseter et de le protéger contre les toiles d’araignées.

XXIII

Le nouveau promontoire.
M. Baillon. — Anesthésie locale. — M. Duchartre. — M. Longet.

Qui donc oserait sur le berceau d’un nouveau-né prédire sa destinée ? Sait-on l’avenir de cette frêle créature ; l’enfant dépassera-t-il le niveau des grandes intelligences, ou traînera-t-il une vie obscure, au milieu de la cohue des petits et des bornés qui sont les simples soldats de la vie humaine ?

Nul n’est en mesure de le dire depuis que les fées ont perdu leurs ailes, depuis que les sorcières en sont réduites à faire le grand jeu, ou à s’endormir sous les mains crasseuses d’un magnétiseur.

Il est tout aussi hasardeux de prédire les destinées d’une île encore au berceau. Les Grecs n’ont pas encore eu le temps de se souvenir de la sagesse de leurs illustres aïeux, ils jugent des fruits de l’arbre en voyant pousser une graine nouvelle ; ils écrivent l’histoire du nouvel être sur l’œuf qui le contient.

Une végétation géologique surgit dans la rade de Santorin ; l’aréopage s’assemble et dit à la végétation : Tu seras une île, et tu porteras le nom du roi Georges.

Mais au milieu des tremblements de terre, des tonnerres et des flammes volcaniques, l’ouvrier souterrain qui fait mouvoir ce nouveau truc, n’a pas entendu l’arrêt de la science ; il continue à tourner sa manivelle ; le monstre rocailleux monte toujours, et sa croupe informe vient se souder à l’île de Néa Kammeni.