Le savant botaniste parcourant la nuit son jardin de Meudon en robe de chambre et un bougeoir à la main effrayait un peu le voisinage dans les commencements.
On ne savait trop à quelle maladie attribuer ce noctambulisme aux bougies. Un vieux mythologue prétendit que M. Duchartre était un amant de Flore, jaloux, et qu’il s’assurait simplement que la déesse n’avait pas découché.
Les pénibles recherches de M. Duchartre sont pour le moment terminées, et il en a communiqué le résultat à l’Institut. Après avoir suivi pas à pas le développement des six plantes : Fragaria, Humulus lupulus, Althæa rosea, Vitis, Gladiolus gandavensis rubens, et Rabourdin (noms de cérémonie du fraisier, du houblon, du passerose, de la vigne et des glaïeuls), il a constaté que l’accroissement nocturne est plus rapide que celui qui se manifeste pendant le jour.
Mais, hélas ! des recherches semblables accomplies par d’autres botanistes ont donné des résultats différents. Ventenat, sur le Fourcroya gigantea ; Meyer, sur l’Amaryllis belladone ; Meyen, sur le Cannabis ; Harting, sur le houblon, ont constaté que l’accroissement pendant le jour était, au contraire, plus rapide que pendant la nuit.
On ne peut donc formuler sur ce point de règles générales.
M. Duchartre aurait-il perdu son bel âge mûr et ses quatorze domestiques à des recherches vaines ? Le voilà contraint à mesurer individuellement toutes les plantes de la création, ce qui va lui prendre un certain temps, surtout pour celles qui ont besoin de pousser pendant une quarantaine d’années avant d’atteindre leur entier développement.
Il y a quelques jours j’entrais par hasard à la Faculté de médecine à l’heure du cours de physiologie. Le grand amphithéâtre, trop souvent vide, était rempli par une foule studieuse qui suit avec assiduité les leçons de l’éloquent professeur.
A quoi tiennent les destinées humaines ! il s’en est fallu de bien peu que M. Longet ne se démît de cette chaire avant de l’avoir occupée. Elle était devenue vacante par la mort de M. Bérard. M. Longet, que ses travaux placent au rang des premiers physiologistes de notre époque, fut appelé à le remplacer par l’unanimité des autres professeurs.
Quelques gens que le succès de M. Longet empêchait de dormir, répandirent dans le public médical le bruit que M. Longet ne se souciait probablement pas d’être professeur, car l’époque de son cours était reculée ; on murmurait : qu’on n’aurait pas cru qu’il se serait présenté ; qu’il avait dit autrefois à M. Béclard, son compétiteur, que son intention n’était pas de le faire. On transforma enfin cette assertion en une parole formelle.