Je ne dirai rien de sa prétention de ramener le flux sanguin, je comprends que lorsqu’une femme est en retard de quatre mois, plus ou moins, elle possède des petits moyens pour faire passer cela ; même probablement quand l’affection s’accompagne d’une certaine enflure de l’abdomen. Quant au reflux, je suis un peu embarrassé, je ne connais en fait de reflux que celui de l’Océan, et à moins d’admettre que cette femme, si savante, n’ait inventé une pommade ou un onguent dont la puissance merveilleuse et universelle se fait sentir jusque sur les vagues de l’Océan, j’avoue que je ne trouve point d’explication vraisemblable.
Passons à l’autre côté, et ne négligeons pas cet AVIS IMPORTANT ET INDISPENSABLE : ne parlez à personne, n’écoutez pas ; est-ce que par hasard on entendrait autour de cette honnête maison, comme dans le conte de l’Oiseau bleu, les voix menaçantes d’ombres et de fantômes qui crient aux malheureuses pratiques : Fuyez ! fuyez !! imprudentes, si vous tenez à la vie, n’approchez pas de cette maison, n’imitez pas nos coupables folies, si vous voulez éviter notre sort. Je ne voudrais pas l’interroger sur ce point, car elle le dit, la discrétion lui est très-nécessaire. Je suis du reste complétement de son avis à ce sujet ; si elle allait raconter toutes ses petites affaires au premier venu, cela pourrait avoir de grands inconvénients pour elle.
Je me permettrai cependant d’émettre un léger doute, quand elle affirme que personne n’est en relation avec elle. Alors, que devient-elle le vendredi ? Moi, je suppose qu’elle est en relation directe avec le club des sorcières, et que c’est le vendredi qu’elle enfourche le manche à balai du Sabbat. Car, enfin, comment, malgré toute sa science, pourrait-elle diagnostiquer la grossesse à six semaines, quand les médecins ne le peuvent faire que vers quatre mois ? Évidemment, sa science lui vient d’une source qui ne coule pas rue de l’École-de-Médecine.
Maintenant, passons au post-scriptum, car on dit que c’est là qu’il faut toujours chercher le point important d’une lettre. Il n’y en a pas à cette carte, mais c’est pure politesse pour le lecteur, on compte sur son intelligence ; ceux qui auront besoin du post-scriptum sauront bien le deviner.
Ce qui est sur la carte n’est que le boniment du paillasse qui rassemble la foule autour de lui ; il conte des histoires bêtes, reçoit avec philosophie les coups et les injures du patron, puis, quand le cercle est compacte, il exhibe son post-scriptum, sa chose importante, qui est une pommade remplie de vertus, ou simplement du poil à gratter.
Je ne pense pas, cependant, qu’il s’agisse ici d’une invention pleine de vertus, mais je voudrais bien connaître le post-scriptum, l’industrie qui se commet dans cette maison de confiance.
Est-ce une fabrique de philtres pour rendre amoureux ?
Pratique-t-on le nœud de l’aiguillette ?
Est-ce pour les amours un refuge hospitalier (qui n’a rien de commun avec celui des montagnards écossais) ? Explique-t-on les mystères du grand et du petit Albert, ou simplement de Charles Albert ?
Fait-on le grand jeu, les cartes, les tarots, la consultation somnambulique ou homœopathique ?