Un jour, jour néfaste (c’était bien sûr un 13 ou un vendredi), quand il ouvrit la porte, aucune main amie ne vint éponger le front du savant essoufflé : le taudis était vide ; il s’arrêta palpitant, sentit au cœur une douleur, comme si on le pinçait dans un entérotome de Dupuytren, et lut à travers ses larmes les mots suivants, qu’une main inhabile avait tracés sur la table avec du blanc : « Riquiqui est commissaire d’un département. Je l’ai revu, je le raime et je file. »

Une révolution s’était en effet accomplie dans la situation politique de Riquiqui, il allait travailler désormais sur un autre théâtre.

Notre infortuné confrère voulut chercher dans le tourbillon des orages parlementaires l’oubli de cette tuile qui avait contusionné son cœur, mais nous devons avouer qu’il échoua d’une manière aussi complète qu’éclatante.

VI

Il y a un mois, en traversant le boulevard Montparnasse, j’ai revu Javotta ; elle marchait sur les mains, les jambes en l’air, ce qui indique suffisamment que sa position sociale avait été bouleversée.

Quant au savant, hélas ! il est décédé.

Mais comment est-il mort ? car pour l’homme de science il est trois manières d’en finir avec l’existence :

1o Il meurt physiologiquement, mais ses œuvres lui survivent ; il n’est donc mort qu’à moitié, puisque son esprit ou son génie restent parmi les vivants.

2o Il meurt complétement, sa réputation le suit dans la tombe, il ne reste rien de lui.

3o Il meurt moralement, c’est fini, on n’en parle plus, on n’en fait aucun cas, et cependant il continue à vivre de l’existence physique et végétative.