On croyait avoir trouvé une source intarissable de nouveau virus ; mais ces brillantes espérances ne tardèrent pas à s’évanouir. J’ignore ce qu’est devenu, dans le conflit des discussions, le produit du horsepox, mais on emploie encore le vieux vaccin académique. En Italie, le professeur Palasciano régénère son cowpox sur des génisses et pratique ses vaccinations de la vache à l’homme. Un médecin français, le docteur Lanoix est allé suivre ses expériences, a ramené en France une génisse vaccinifère, et a suivi la méthode italienne, en renouvelant son vaccin par le même procédé.
Cette tentative méritait à son auteur toutes les sympathies du corps médical, et elles ne lui ont pas fait défaut. Cependant, l’expérimentation n’a pas donné des résultats aussi brillants qu’on l’avait espéré. Ce vaccin est faible. Les pustules produites par les inoculations sont petites et n’ont pas l’ampleur, la physionomie vigoureuse de celles qui résultent du cowpox naturel ; parfois même les inoculations sont négatives. Le seul avantage qu’elles présentent est de mettre le vacciné à l’abri d’une contagion syphilitique ; éventualité fort grave, mais, je l’ai dit, prodigieusement rare.
Il est possible que le cowpox spontané se développe, en France, plus souvent qu’on ne le croit ; mais les fermiers insouciants ou ignorants le laissent perdre sans appeler sur le précieux virus l’attention des médecins. Je crois que si on proposait une prime de cinq cents francs au premier qui signalerait le cowpox sur ses vaches, avant un mois le vaccin de l’Académie serait renouvelé.
Je ne discuterai pas l’opinion des gens étrangers à la science qui ont voulu combattre l’utilité du vaccin ou même lui trouver des dangers, ce sont des bossus intellectuels, dont il faut plaindre la difformité sans leur en faire un crime. Il n’est pas de spécifique en médecine dont l’action soit plus certaine, et son innocuité est complète. Aucune préparation n’est nécessaire, l’opération ne vous empêche pas de vaquer à vos affaires, et ses conséquences fâcheuses sont absolument nulles dans le présent et dans l’avenir. Une seule piqûre suffit pour que la préservation soit entière. On en pratique plusieurs, uniquement parce que le virus peut ne pas pénétrer dans toutes.
La vaccination est une mesure de prudence égoïste dont les bénéfices s’étendent à toute la famille, car un varioleux peut infecter ceux qui l’entourent. On ne doit point attendre au dernier moment pour y avoir recours ; le vaccin ne présente pas aussitôt qu’on l’insère ; son efficacité ne se manifeste que plusieurs jours après l’inoculation, et lorsqu’il est bien développé.
Depuis 1833, les revaccinations sont réglementaires dans les armées prussienne et wurtembergeoise. On a remarqué que, depuis cette époque jusqu’à 1843, le nombre des sujets sur lesquels le vaccin s’est développé de nouveau, s’est élevé progressivement de 33 à 60 pour cent. Depuis 1858, la même mesure a été appliquée à l’armée française.
Il faut que votre raison vous conseille de vous soumettre à une mesure tellement utile, qu’elle est devenue l’objet d’un règlement militaire. C’est le seul moyen d’éteindre les épidémies de variole.
Il est possible que vous soyez réfractaire à l’inoculation d’un virus même énergique, mais ce sera pour vous un certificat d’immunité qui vous permettra de braver sans danger la contagion.
Il me reste à vous indiquer où vous pourrez trouver le préservatif. L’Académie de médecine est la source officielle, mais, entre nous, cette source-là n’est pas le Pactole, et en raison du grand nombre des postulants, un seul enfant doit parfois fournir à cinquante vaccinations, car la garnison de Paris vient y chercher l’immunité. Mais il existe à la mairie de votre arrondissement un service hebdomadaire et régulier de vaccine.
Il faut prier votre médecin d’aller choisir là un enfant d’une belle santé, ayant de vigoureuses pustules, et qui se fera un plaisir de partager avec vous le bienfait qu’il vient de recevoir. Vous pouvez encore avoir recours aux génisses du docteur Lanoix ; seulement, je crains que son vaccin, qui échoue parfois sur des nouveau-nés, réussisse encore moins sur les revaccinés.