J’ai dit : l’énergie du virus. C’est là le point le plus important de la question.

La puissance préservative, et la durée de la préservation qui résident dans le vaccin sont en raison directe de sa vigueur, car il existe pour les virus des degrés très-divers de force ; cela tient, soit au virus lui-même, soit au terrain mal préparé sur lequel on le sème. Je vais vous exposer les différentes causes d’affaiblissement du vaccin, et vous comprendrez facilement les conditions qu’il doit remplir pour être très-efficace.

1o Le vaccin s’affaiblit au bout d’un certain nombre d’années par des transmissions successives. Celui qui nous provenait de Jenner a été introduit en France en 1800, et il a été exclusivement employé jusqu’en 1836, sans être renouvelé. Il était alors parvenu à sa dix-huit-cent-soixante-douzième génération ou à peu près. En 1836, on trouva du cowpox sur une vache de Passy. L’inoculation de l’ancien et du nouveau virus prouva que le premier s’était affaibli, les pustules étaient plus petites, la réaction générale moins énergique, et bien que jouissant d’une grande efficacité, sa puissance préservatrice était moindre. Depuis 1836, le vaccin n’a pas été renouvelé, il approche donc de sa quinze-cent-dix-huitième génération, puisqu’on le recueille vers le septième jour. Je vous exposerai tout à l’heure les tentatives qui ont été faites pour le rajeunir.

Mais que son âge ne vous effraye point, malgré ses états de service, il est parfaitement bon et efficace, lorsqu’il ne subit pas, en même temps, les autres causes d’affaiblissement que je vais indiquer. Seulement, l’immunité qu’il procure a une durée moindre et il est prudent de se soumettre à la revaccination au bout de douze à quinze ans. Car peu à peu, on acquiert des aptitudes à la variole.

2o L’époque à laquelle on recueille le vaccin a une grande influence sur son énergie. Du cinquième au septième jour, il atteint son maximum de force ; passé ce temps, il s’affaiblit progressivement et cesse bientôt d’être inoculable.

3o Le vaccin emprunté à un enfant faible, maladif ou chétif, est moins énergique que lorsqu’il provient d’un enfant vigoureux et bien portant. On n’a pas à redouter la transmission des maladies du vaccinifère au vacciné. Cependant il faut faire une exception pour la syphilis, et encore cet accident est tellement rare qu’on l’observe tout au plus une fois sur cinq cent mille.

4o Il ne faut pas emprunter de vaccin à un sujet atteint antérieurement de variole ou déjà vacciné. Le terrain est impropre au développement de ces larges pustules aplaties et déprimées au centre, qui sont les types d’un bon vaccin. Les boutons qui se développent dans ces conditions sont souvent petits, pointus et disparaissent au bout de quelques jours. C’est ce qu’on appelle la fausse vaccine, elle ne préserve pas de la contagion.

5o Le vaccin conservé sur des plaques de verre s’altère souvent et ne donne alors que des résultats négatifs ; il faut donc, autant que possible, pratiquer la vaccination de bras à bras.

Il est évident que ces causes, en se combinant, augmentent les chances d’insuccès, et que la plupart d’entre elles peuvent être écartées. Lorsqu’il s’agit d’une revaccination, on doit se montrer plus difficile sur le choix du virus, car alors il doit avoir autant d’énergie que possible.

Reste la question de rénovation du fluide préservateur. J’ai dit que le cowpox était rare chez la vache, et c’est la source où il faut le puiser. L’an passé, M. H. Bouley a découvert, à Alfort, sur le cheval, une éruption vaccinogène qui, transmise à l’homme, a développé d’énormes pustules vaccinales.