M. Villemin a présenté à l’Institut un intéressant travail sur la communication de la tuberculose de l’homme au lapin. L’auteur, dans une suite d’expériences, a emprunté de la matière tuberculeuse aux poumons d’hommes morts phthisiques, et il a inséré ce produit morbide dans le tissu cellulaire de lapins, au moyen d’une incision pratiquée derrière l’oreille. Tous ces animaux, sacrifiés au bout de plusieurs mois, ont présenté des masses tuberculeuses dans les poumons et dans d’autres organes. L’auteur en conclut que la phthisie est une affection contagieuse.

Ces résultats sont intéressants et surtout imprévus, mais je repousse comme inadmissible la conclusion de l’auteur. Il faut de la contagion, mais pas trop n’en faut, et je ne suppose pas que les malades atteints de phthisie se soient jamais fait inoculer derrière l’oreille de la matière tuberculeuse.

La phthisie est une maladie souvent héréditaire, qui a d’autant plus de chances de se transmettre aux enfants, qu’ils sont nés à une époque plus voisine de la mort de celui de leurs parents qui en était atteint. Mais des milliers d’observations ont démontré que la doctrine de la contagion des tubercules doit être reléguée parmi les erreurs de la vieille médecine. La cohabitation la plus prolongée avec un phthisique ne développe point la maladie chez un sujet qui n’en porte pas le germe.

Il est impossible d’admettre comme un fait général les résultats d’expériences pratiquées d’une manière spéciale et absolument en dehors des conditions de l’existence normale. Les expériences de M. Villemin prouvent simplement que la matière tuberculeuse inoculée au lapin fait naître chez lui des tubercules, et rien de plus. C’est un résultat à enregistrer, sauf protestation des lapins.


Le savant abbé Moigno, qui devrait depuis longtemps s’asseoir à l’Institut, non pas sur la banquette des journalistes, mais sur un des fauteuils de la maison, nous montrait l’autre jour au stéréoscope des épreuves de la lune qu’il venait de présenter à la savante compagnie. Rien n’est curieux comme ces magnifiques spécimens de l’art photographique, qui ont été obtenus au moment d’une éclipse de cette planète. On voit la surface de la lune progressivement envahie par la projection de l’ombre terrestre qui forme l’éclipse.

Le satellite de la terre n’a plus, dans les épreuves de l’abbé Moigno, la physionomie plate que nous lui connaissons. Au stéréoscope, il prend la forme d’un globe sphérique, on voit les reliefs de ses montagnes, les sinuosités de ses vallées et l’imagination explore ce monde lointain, peuplé pour nous de mystères. On sent que le moment approche où l’art déchirera les voiles derrière lesquels se cachent les vassaux de notre planète.

Il me semble que si on pouvait sensibiliser la glace des épreuves avec une matière suffisamment amorphe, pour ne pas fournir d’éléments propres à l’examen microscopique, on pourrait, avec de forts grossissements, explorer les pays lunaires, que la photographie nous révèle.


M. Ch. Robin se présente à l’Institut pour occuper le fauteuil de Valenciennes. Espérons que cette fois les portes s’ouvriront largement devant le brillant représentant de l’école anatomique. Si M. Ch. Robin pouvait remplacer par un de ses travaux chacun des cheveux qui lui manquent, il serait le plus chevelu des académiciens. En revanche, si M. T. devait payer d’un des cheveux qui lui restent chacun des travaux publiés sous son nom, et dont il n’est pas le père, il serait plus chauve que son genou.