On a jeté une grosse pierre dans le Jardin… des Plantes, on pourrait même dire un pavé, tant la chose a fait de bruit en tombant. Il est vrai que le projectile,

… lancé d’une main sûre,

Lui a fait dans le flanc une large blessure.

Et, bien que sous forme de prospectus, il n’en a pas moins été pris en considération. Dans ce prospectus, où il est question de la Faune française, on accuse les professeurs du Jardin des Plantes de gaspillages scientifiques, et d’être nourris dans un sérail dont ils ne connaissent pas tous les détours. On les accuse d’envoyer de braves gens faire le tour du monde pour courir après des échantillons d’histoire naturelle que, depuis longues années, les mites sont occupées à dévorer dans le vaste chaos de leurs magasins.

L’un des savants qui adressent de pareils reproches a plus que personne le droit de les formuler, car, non-seulement il a mis au service de la science sa plume et la meilleure partie d’une immense fortune avec un dévouement et un zèle que les plus cruelles souffrances ne peuvent ralentir, mais encore, il donne l’exemple d’un désintéressement bien rare parmi les savants de notre époque.

Puisque je suis au Jardin des Plantes, je n’en sortirai pas sans avoir jeté un coup d’œil sur les institutions politiques qui régissent ce microcosme des bêtes.

Pour le vulgaire, le Jardin des Plantes est un petit État dont les plus grosses bêtes forment l’aristocratie, et qui vit en paix sous le régime des grilles, barrières et palissades, seules lois qu’un sage législateur ait promulguées pour empêcher les grosses bêtes de manger les petites.

C’est une erreur, le Jardin des Plantes est une contrée composée de plusieurs petits royaumes habités par des bêtes, il est vrai, mais gouvernés par des rois qui souvent ne le sont pas. Ces souverains, vulgairement connus sous le nom de professeurs, n’ont octroyé à leurs féaux sujets d’autre charte que la loi du bon plaisir ; le sceptre, parmi eux, est héréditaire et se transmet de mâle en mâle et par droit de primogéniture. Cependant, les chroniques de leurs œils-de-bœuf racontent que, parfois, des reines ou princesses sont intervenues dans le règlement des grandes questions politiques qui agitent souvent les États les mieux gouvernés.

Je vous prie de croire que les talents sont héréditaires dans ces augustes familles, et que les dynasties des Brongniart, des Duméril, etc., trouvent dans le bagage de la succession paternelle la science et les aptitudes du papa qui leur a transmis la couronne.