— Après, monsieur ?
— Voilà tout, monsieur.
— Comment, voilà tout ! Et l’acide phosphorique ! qu’en faites-vous donc, monsieur ? s’écria l’immortel, dont la voix éclata comme un obus chargé des clartés éblouissantes à l’adresse des ignorants.
— L’acide phosphorique, monsieur ! répondit le savant en expectative, complétement ahuri.
— Certainement, monsieur, l’acide phosphorique ! S’il n’y en avait pas dans l’air, où donc les animaux puiseraient-ils les quantités énormes de phosphore et de phosphates qu’ils contiennent ????
Cette réponse à bout portant fit un tel effet sur l’intelligence de notre savant — surnuméraire — que depuis ce jour il se considère comme une allumette et prend le plus grand soin d’éviter tout choc ou frottement de nature à modifier sa composition chimique.
La proclamation de cette nouvelle découverte fut accueillie avec un enthousiasme impossible à décrire. Dix minutes après, les assistants se tenaient encore les côtes, et de douces larmes inondaient leurs frais visages. Ils avaient tant ri !
Les savants officiels n’en purent faire autant, parce que, m’a-t-on dit, les bras leur en tombèrent ; de sorte qu’il leur fut tout à fait impossible d’applaudir.
Depuis cette immense découverte, la circonférence crânienne de l’inventeur paraît entourée le soir d’une auréole phosphorescente : c’est l’auréole du génie, qui ne pouvait couronner un plus majestueux front. Il laisse après lui dans l’espace une traînée lumineuse digne d’être signalée aux astronomes qui n’ont encore découvert que des pseudo-planètes. Ce météore brillant se distingue des autres comètes par l’odeur d’allumette chimique inséparable de sa traînée lumineuse.
L’archevêque de Bologne visitant son diocèse se trouvait, il y a quelques jours, à Cinto ; il témoignait au gonfalonier la joie que lui causait l’état moral de la population : « Quel beau pays ! s’écria-t-il ; quelle admirable ville ! elle est en retard de deux siècles sur le reste du monde ! » Si jamais le monseigneur rencontre M. Valenciennes, bien sûr qu’il dira : « Quel prodigieux savant ; je gage qu’il est de Cinto ! »