Désirant avoir l’explication exacte de ce mot autres qui restait pour mon esprit dans la pénombre des faits douteux, je demandai à la marchande de pommes la plus voisine où je pourrais trouver le père Patience, car l’imprudent n’était pas là ; il avait laissé son trésor sous la seule garde de l’honnêteté publique. La marchande m’indiqua du geste, dans le lointain, quatre ou cinq marchands de vins où le père Patience faisait probablement sa clinique et où il apaisait son ardeur scientifique. Craignant qu’il n’eût eu ce jour-là de trop grandes ardeurs à éteindre, je préférai repasser un jour où, à cheval sur le sommet de son échelle bleue, jambe de ci, jambe de là, cet homme illustre répandra sur la foule des trésors de son érudition et de ses baumes merveilleux.
Il est de mon devoir d’annoncer aujourd’hui la découverte d’un grand fait scientifique.
Il paraît que l’atmosphère avait, depuis un certain temps, modifié sournoisement sa constitution chimique ; les savants dormaient sur leurs deux oreilles sans se douter de rien. Heureusement un homme veillait ; profond observateur, il se sentait progressivement envahi par le phosphate calcaire, et fixa son œil gris sur le bleu de l’espace ; il avait compris qu’il se passait quelque chose d’étrange dans ces régions mal organisées où les comètes peuvent vagabonder tout à leur aise sans qu’un règlement de police vienne les empêcher de perturber le repos de l’univers.
Comme César, il flaira, sentit, et la découverte fut faite.
Cet homme, dont la postérité gravera le nom en lettres d’or entre ceux de Copernic et de Christophe Colomb, s’appelle Valenciennes.
Donc M. Valenciennes a découvert la nouvelle composition chimique de l’air. Voici comment il s’y est pris pour payer son écot à la science, qui a tant fait pour lui, — hélas ! sans le connaître ; — voici comment il a proclamé cette grande découverte, qui est, j’ose le dire, le plus beau fleuron de sa couronne scientifique :
Un jour qu’il était d’examen à l’École de pharmacie, il demanda à un élève :
— Pourriez-vous me dire, monsieur, quels sont les éléments constituants de l’air atmosphérique ?
— L’air atmosphérique est composé de 21 parties d’oxygène, 79 d’azote, plus quelques traces d’acide carbonique et d’eau.