— Jamais ! s’écria le chimiste, avec un geste d’horreur.

Chacun des trois commissaires se récusait énergiquement et la discussion menaçait de s’éterniser, ce qui aurait eu de grands inconvénients pour tous, excepté cependant pour le gigot, qui, vu son état, n’avait pas le droit de trouver le temps long. Pour couper court aux débats, il fut convenu qu’il serait mangé par procuration, et le gardien qui le défendait depuis si longtemps contre l’enthousiasme de la foule, fut chargé d’être le Pâris de cette contestation.

Le lendemain, la commission se rendit près de lui pour recevoir la confidence de ses impressions gastronomiques, le gardien n’avait pas paru ; pendant deux jours même absence. Enfin, la commission, qui n’était pas sans inquiétude, peut-être même pas sans remords, se transporta à son domicile. Le malheureux avait mangé une petite tranche du merveilleux gigot, et luttait depuis trois jours et trois nuits contre une insurrection intestinale terrible. Son chien et son chat, qui avaient profité de son indisposition pour ne laisser que le manche, avaient été surpris eux-mêmes subitement par la conservation dont ils s’étaient saturés, et posaient pour l’éternité dans l’attitude classique d’un chien et d’un chat en présence d’un gigot.

La commission enthousiasmée décerna une médaille à l’inventeur, jamais elle n’avait vu un chien, un chat et un manche de gigot si bien conservés.


Le Musée des Sciences dit qu’on a fait dernièrement l’épreuve de vêtements hygiéniques incombustibles, au moyen desquels les pompiers pourront impunément demeurer, pendant un certain temps, au milieu d’un bâtiment incendié, exposés à l’action directe des flammes, saisir à pleines mains et transporter au loin des objets incandescents ou embrasés. Ces vêtements se composent de tissus métalliques, de carton, d’amiante et de drap, rendus incombustibles par le borax, l’alun et le phosphate d’ammoniaque.

Voilà certainement une ingénieuse invention qui donnera à bien des gens le désir d’entrer dans les pompiers. Cependant, pour que cette précieuse découverte soit parfaite, il lui manque deux petites choses que je m’empresse de signaler à l’auteur, bien convaincu qu’il va les imaginer en un tour de main :

1o Il serait bon de joindre à chaque vêtement une paire de poumons incombustibles qui pourraient permettre au pompier de respirer avec facilité dans l’atmosphère de 4 à 500° centigrades des incendies.

2o Il ne serait pas mauvais d’imaginer une solution dans laquelle on tremperait le pompier avant de le vêtir pour le rendre lui-même incombustible, car, sans cette petite précaution, il courrait le risque, au lieu d’être grillé ou rôti, de se trouver cuit à point dans ses vêtements comme une côtelette en papillote. L’invention constitue un progrès évident à ce point de vue ; cependant, si j’étais pompier, je déclare que je le trouverais insuffisant.