Au lieu de ravager les cultures, il viendrait s’asseoir au foyer de la civilisation, et le cheval pourrait être définitivement et exclusivement réservé pour les usages culinaires.

En vérité, je vous le dis, il y a là une grande, une noble pensée.

Cependant, si M. Ducoux adoptait ce mode d’attelage pour ses voitures, je me réserverais de ne jamais les prendre à l’heure. A moins que les hannetons ne déployassent leurs ailes, comme les blanches colombes qui traînaient jadis la conque de Vénus.

Il existe encore un autre insecte, un aptère de l’ordre des suceurs, bien jambé aux jarrets solides, que le vulgaire connaît sous le nom de puce. Il serait possible d’utiliser sa puissance musculaire ; mais cet insecte remplit ici-bas une mission spéciale, et il ne faut pas toucher aux décrets de la Providence.


Aujourd’hui la physionomie de l’Institut est un peu plus animée que de coutume ; il s’agit de l’élection, fort disputée, d’un membre dans la section d’anatomie et de zoologie. Deux candidats sont en présence, MM. Ch. Robin et Lacaze-Duthiers. On se parle bas, les tenants des compétiteurs donnent leur dernier coup d’épaule, le moment est solennel, les urnes vont circuler.

Il faut bien le dire, il s’agit moins des titres des candidats que des compagnies savantes qu’ils représentent. M. Ch. Robin appartient à la Faculté de médecine, et M. Lacaze au Jardin des Plantes. Il s’agit de savoir si le Jardin des Plantes va dévorer la Faculté.

Les titres scientifiques de M. Ch. Robin sont considérables, et on en trouverait aussi facilement le catalogue en Allemagne et en Angleterre qu’à Paris, car ses travaux sont devenus européens. Malgré des titres très-recommandables, M. Lacaze-Duthiers lui est donc inférieur sous ce rapport. Mais les professeurs du Muséum, qui siégent à l’Institut, sont plus nombreux que ceux de la Faculté, ils marchent comme un seul homme et soutiennent vigoureusement leur candidat.

Il faut du reste le reconnaître à la louange de ces savants : aussitôt que l’intérêt du Muséum est en jeu, aussitôt qu’un danger menace leurs priviléges, bien qu’ils n’aient pas une vive tendresse les uns pour les autres, ils se groupent et forment un bataillon carré qu’on ne peut entamer. A la Faculté, il n’en est pas de même : au moment du danger, chacun tire de son côté en riant du mal de son voisin, sans songer que le mal de l’un est le mal de tous.

Le comité secret qui a eu lieu la semaine dernière a été fort agité. M. de Quatrefages (du Muséum) a mis en avant cette singulière raison contre M. Robin, qu’il ne fallait pas laisser envahir la section de zoologie par l’élément médical. M. Rayer lui a fait une très-vigoureuse réponse. J’ai trop rarement l’occasion d’être agréable à M. Rayer (qui m’exècre, et auquel je le rends bien) pour ne pas saisir au passage cette circonstance de le féliciter.