Singulière ! vous pourriez bien dire une cause merveilleuse, et personne n’aurait trouvé le mot risqué.

« L’on avait emmagasiné dans une remise une certaine quantité de touries remplies d’acide sulfurique. »

Remarquez bien, d’ACIDE SULFURIQUE.

« L’une de ces touries ayant été rompue, son contenu se répandit jusque sur le pavé de la cour, où il se volatilisa promptement. »

Voilà un acide sulfurique d’une légèreté bien coupable ; mais écoutez le plus joli de l’histoire :

« En ce moment passait de ce côté un employé de la maison, tenant une cigarette allumée à la main ; LA VAPEUR du liquide SULFURIQUE ne fut pas plutôt en contact avec la cigarette, QU’ELLE FIT EXPLOSION, et au même instant une immense nappe de feu envahit le magasin et embrasa une partie des marchandises qui y étaient renfermées. Peu après, les autres touries, remplies également d’acide sulfurique et chauffées par les flammes, éclatèrent et fournirent un nouvel et dangereux aliment à l’incendie, qui devint, etc., etc. »

Voyez-vous l’acide sulfurique transformé en un gaz inflammable, qui va chercher une cigarette dans la main de ce brave employé pour mettre le feu à la maison !

Il faut véritablement qu’on lui ait fait des choses bien fâcheuses, pour qu’il se soit porté à des extrémités si éloignées de son caractère.

Il est à regretter qu’on ait éteint un pareil incendie, car, en raison de la cause, on aurait dû le conserver comme une des curiosités les plus merveilleuses qu’il soit possible de voir.

XIV