[49] Histoire de Normandie. T. VI, p. 414. Masseville prouve évidemment qu’il s’est contenté de traduire le P. Denys de Gênes, puisque il dit, que notre missionnaire « donna une Relation géographique des régions où il avait pénétré et particulièrement du pays de Marangan. » Regni Marangani a dit son prédecesseur.

[50] Voy. ce précieux ms. à la bibl. de Caen. Une bibliothèque américaine, composé par le colonel Antoine de Alcedo, Madrid, 1791, 2 vol. in-8., ne mentionne pas le P. Yves : mais cette omission nous laisse peu de regrets, son compagnon, le P. Claude d’Abbeville, y est représenté convertissant avec un zèle infatigable les Sauvages du Canada !

[51] La première édition de l’Epitome, supprimée par ordre de l’inquisition et devenue rarissime, ne porte sur son titre gravé, qui fixe la date de l’impression du livre à 1629, que les noms d’Antonio de Léon, celui de Pinelo est omis. Il n’y est fait nulle mention d’Yves d’Evreux (ce livre fait partie de la bibl. Ste Geneviève), l’édition donnée en 3 vols. pet. in-fol. par Barcia travestit ainsi le titre de notre livre : Fr. Yvon de Evreux, capuchino. Relacion de su viage al Reino de Marangano, con sus compañeros : historia de las Costumbres de aquellas naciones. Imp. 1654, in-4. frances.

Nous en avons à peu près la certitude, par les manuscrits que nous a légués le grand couvent de la rue St. Honoré, Yves d’Evreux vécut au-delà de l’année 1629, mais il ne revint pas à Paris, tout indique même qu’il devait être tombé dans une sorte de défaveur, parce que l’on avait sans doute à cœur de faire oublier au roi d’Espagne les tentatives qui avaient été faites naguère sur le Maranham. Cela est si vrai, que les anciens chefs de l’expédition ne purent renouer une vaste entreprise, dans laquelle étaient engagés leurs plus chers intérêts. Malgré la faveur dont il semble avoir joui à la cour, l’amiral de Razilly échoua complétement dans ses tentatives sur ce point, et lorsqu’il fut rendu à la liberté, après sa captivité dans le château de Belem, le brave La Ravardière ne retourna jamais dans l’Amérique du sud. Ces deux noms paraissent encore une fois dans l’histoire de notre marine[52], et ils apparaissent glorieusement, mais c’est en Afrique, sur ces côtes inhospitalières, où de hardis pirates devaient être châtiés de temps à autre, pour que toute sécurité ne fût pas enlevée à notre commerce.

[52] Isaac de Razilly, chevalier de l’ordre de St. Jean de Jérusalem, premier capitaine de l’Amirauté de France, chef d’Escadre des vaisseaux du roi en la province de Bretagne, est nommé amiral de la flotte royale qu’on expédie sur les côtes de la Barbarie en 1630 et il s’adjoint La Ravardière : le 3 septembre de la même année nous le trouvons devant Safy, où il s’occupe du rachat des captifs.

La Ravardière employa glorieusement et, nous le voyons, d’une façon toute chrétienne, les dernières années d’une vie active, consacrée entièrement à la gloire de son pays ; le temps lui manqua pour tracer le récit de ses voyages dans l’Amérique du sud. Nous savons de science certaine que, par ses ordres, une relation détaillée de son expédition sur les bords de l’Amazone avait dû être dressée en 1614. Cette espèce de journal, qui éclaircirait tant de choses, ne nous est pas parvenu, il ne serait pas sans intérêt à coup sûr, de la comparer aux documents qui nous ont été transmis vers le même temps par un autre Français, dont les voyages ont eu les honneurs d’une réimpression. Dix ans auparavant, en effet, le garde des curiosités de Henri IV et de Louis XIII, Jean Mocquet avait parcouru les rives de l’Amazone, vers le milieu de l’année 1604, et s’était efforcé de faire connaître le grand fleuve à ses compatriotes. Malheureusement, ce pauvre chirurgien de campagne, avait plus de zèle que de lumières et ses observations ne pourraient se comparer à celles d’un homme aussi connu par son instruction que par sa loyauté. Le voyage de La Ravardière sur l’Amazone et dans le Maranham, doit être aussi décrit minutieusement dans la grande chronique manuscrite des pères de la compagnie qui existe encore à Evora. En consultant les savants travaux bibliographiques de M. Rivara, nous en avons acquis la certitude, le chapitre 111 de ce vaste recueil est consacré entièrement au séjour des Français dans ces régions. Nous n’avons pas été à même de l’examiner. Grâce à l’esprit d’investigation, qui s’est emparé de tant de savants historiens, on ne saurait donc désespérer complètement de retrouver l’écrit que nous signalons.

Le Brésil fait chaque jour les plus louables efforts pour réunir en corps de doctrine les documents inédits qui constituent ses origines historiques ; si jamais le voyage de La Ravardière était découvert dans quelque bibliothèque ignorée, ce serait avec Claude d’Abbeville et Yves d’Evreux le guide le plus sûr qu’on pût consulter sur ces provinces du nord dont on connaît à peine les splendides solitudes et dont notre missionnaire révèle pour ainsi dire le passé.

Voyage au Brésil
exécuté dans les années 1612 et 1613,
par le
P. Yves d’Evreux,
religieux capucin,
publié avec une introduction et des Notes
par
M. Ferdinand Denis,
conservateur à la bibliothèque sainte Geneviève.

SUITTE DE
L’HISTOIRE
DES CHOSES PLUS
MEMORABLES ADVENUES
EN MARAGNAN ES
ANNEES 1613 &
1614.[53]