Antonin le Pieux, laissa sur la Bronze et l’argent, sa Pieté et Religion Burinee en ceste sorte. C’estoit une Dame vestuë en Deesse, devant laquelle estoit un Autel chargé d’un feu continuellement bruslant, & entre ses mains elle tenoit un Vase plein de bonnes odeurs qu’elle jettoit à chasque heure en sacrifice dans ce feu, signifiant par là la Pieté et Religion qu’il portoit aux Dieux.
Si l’inclination naturelle privee de grace et de lumiere surnaturelle, avoit tant de puissance au cœur de ces Monarques, que pouvons-nous dire, voire que pouvons-nous penser, combien Dieu agite interieurement les cœurs des Rois illustrez et enrichis de la vraye Religion ?
Louys quatriesme Empereur, Prince vertueux et chery de tous, preferoit à toutes ses affaires celles de la Religion ; & pour exciter tous ses subjects à son imitation, avoit marqué sa monnoye d’un Temple traversé d’une Croix, & tout autour estoit inscrit, Christiana Religio.
Celuy qui a emporté le prix, Sire, par sus tous les Monarques du Monde, en faict de Pieté & Religion a esté sainct Louys, l’honneur des François, duquel vous heritez le Sang, le Sceptre, le nom, et l’imitation de ses vertus : car non seulement, il a employé ses thresors, sa noblesse, ains aussi sa propre personne, passant les Mers, (Mers qui ne respectent, non plus que la mort aucune qualité de personnes, pour les envelopper dans ses ondes) afin de restaurer la Pieté & Religion abatuë par les cruautez des Infidelles, & y est mort pour ce subject.
Jamais siecle de Roy n’eust tant de convenance avec le siecle de ce bon Roy sainct Louys, qu’a le vostre, Sire, & laissant à part ce qui ne faict à mon propos, je prendray seulement ce beau subject, que l’ouverture vous est faicte d’imiter sa Pieté & Religion envers ces pauvres Sauvages, qui desirent extremement cognoistre Dieu, et vivre soubs l’ombre de vos Lys, non pas seulement les habitans de Maragnan, Tapouytapere, Comma, Cayetez, Para, Tabaiares, Longscheveux : ains aussi plusieurs autres Nations, lesquelles souhaittent s’approcher des Peres, ainsi que je diray amplement au suivant Discours.
Vous seul, Sire, pouvez tout ce bien, par ce qu’ils ayment naturellement les François & hayssent les Portugais, tout ce que peuvent nos Religieux, c’est d’exposer leur vie à la poursuitte de la conversion de ces pauvres gens : chose de peu de duree, si vostre Royale pieté n’y met la main.
Cest’ affaire n’est pas tant difficile, comme l’on pourroit s’imaginer, ny de si grande charge et despence que l’on estimeroit : il n’y faut des cinquante, ou des cent mille escus, ains une liberalité mediocre fidellement administree (pour l’entretien des Seminaires, où seront admis les enfans des Sauvages, unique esperance de l’establissement ferme de la Religion en ces pays là,) sera suffisante.
Si vostre Majesté, Sire, se resout à cela, je m’asseure qu’à vostre imitation, plusieurs de vos Princes & Princesses, Seigneurs & Dames, s’exciteront à contribuer quelque chose, pour l’augmentation de la Foy en ces quartiers là.
Et afin que je ne sois facheux à vostre Majesté par une prolixité malseante, je finiray avec cest’ histoire Evangelique de la pauvre Chananee reputee pour chienne, laquelle ne demandoit pour la delivrance de sa fille possedee du Diable, que les miettes tombantes de la table Royale du Redempteur : Ceste nation des Sauvages est issüe d’un mesme Pere que ceste Chananee, ses enfans sont possedez des Demons par l’infidelité : Elle ne demande ny vos thresors ny grande somme de deniers, ains seulement les miettes superflues, qui tombent deçà, delà, de vostre Royale grandeur.
Parquoy, Sire, je vous supplie tres-humblement de regarder de bon œil ceste pauvre Nation, & recevoir de bon cœur ce petit Discours des choses plus memorables arrivees pendant les deux ans que j’ay pratiqué avec eux, suivant le commandement de la Royne vostre mere, faict à nos Reverends Peres, duquel nous nous sommes aquitez le plus fidelement qu’il nous a esté possible, ainsi que verrez en ce Traitté, lequel quand vostre Majesté aura eu pour agreable avec le contenu d’iceluy, je m’estimeray tres-bien recompensé de ce que j’en pretens recevoir en ce Monde, auquel tant qu’il plaira à Dieu me faire vivre, ce sera pour m’employer avec toute la fidelité à moy possible, au service de vostre Majesté, comme celuy qui est & sera à jamais d’icelle,