DES FRUICTS DE L’EVANGILE
QUI TOST PARURENT PAR LE BAPTESME
DE PLUSIEURS ENFANS.
A PARIS
DE L’IMPRIMERIE DE FRANÇOIS HUBY. RUË SAINCT JACQUES A LA
BIBLE D’OR, & EN SA BOUTIQUE AU PALAIS, EN LA
GALERIE DES PRISONNIERS.
MDCXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Suitte de l’Histoire des choses plus memorables advenuës en Maragnan, és annees 1613 & 1614.
SECOND TRAITÉ.
Des fruicts de l’Evangile, qui tost parurent par le Baptesme de plusieurs enfans.
Chap. I.
Le Cantique second (representant alegoriquement la naissance de l’Eglise, dans une nouvelle terre, non encore illuminee de la cognoissance du vray Dieu) dit : Vox turturis audita est in terra nostra : ficus protulit grossos suos : vineæ florentes dederunt odorem suum : La voix de la tourterelle a esté ouye en nostre terre : Le figuier a produict ses figues vertes : Les vignes fleurissantes ont donné leur odeur. Sur lesquelles paroles, Rabbi Jonathas, en sa Paraphrase Chaldaïque, dit : que la voix de la Tourterelle, nous signifie la voix du sainct Esprit, annonçant la Redemption promise à Abraham, pere de tous les Croyans : voicy comment il parle, vox spiritus sancti & redemptionis quam dixi Abrahæ Patri vestro : La voix du sainct Esprit, & de la redemption, que j’ay promise à Abraham vostre pere : Il adjouste que par le figuier, il faut entendre l’Eglise : & par les figues nouëes & escloses nouvellement, nous est representee la confession de la foy, que les Croyans doivent faire devant Dieu : & par les vignes en fleur donnans bonne odeur, sont designez les petits enfans, loüans le Dominateur des Siecles : Cœtus Israel, qui comparatus est precocibus ficubus aperuit os suum, & etiam pueri & infantes laudaverunt Dominatorem sæculi : Cela s’est veu en nostre temps accomply dedans Maragnan & ses environs : où apres que la voix du Sainct Esprit, par la predication de l’Evangile, eut resonné dans ces terres, & frappé le cœur d’une grande multitude, specialement de ceux qui ont requis le Baptesme, le beau figuier de l’Eglise, a poussé & bourjonné de nouvelles & verdoyantes figues, les ames sortans de l’infidelité à la croyance d’un vray Dieu, lors les vignes fleuries ont donné leur odeur, quand les petits enfans ont receu les eaux Baptismales sur leurs testes, louans le Dominateur des Siecles, par la participation du sang de Jesus-Christ & de la foy de l’Eglise.
Chose admirable, & qui merite d’estre bien pesee & consideree, que si tost que la voix du Sainct Esprit eut tonné & esclairé parmy ces forests desertes, dans ces haliers espois & picquans, les pauvres Biches (ces Sauvages) venees par le cruel Chasseur Sathan, elles ont commencé à la force & impetuosité de ceste voix, produire leurs petits fans, comme avoit jadis prophetisé le Prophete Royal David au Psal. vingt-huict. Vox Domini præparantis Cervos, & revelabit condensa & in templo ejus omnes dicent gloriam. La voix du Seigneur preparant les Cerfs, revelera l’interieur des boccages & haliers & en son Temple tous chanteront ses loüanges. L’Explication que donnent les Doctes à ces paroles, prise des diverses leçons est, que la voix du Seigneur sert aux Biches à rendre leurs petits, ainsi que la main de la Sage-femme ou du Chirurgien bien expert, sert à tirer l’enfant sauf & en vie, du ventre de sa mere. Or est-il que ceste voix n’est autre, si nous croyons les naturalistes, que le son du tonnerre, & la lumiere de l’esclair, laquelle par un secret de la Nature bien caché, donne le moyen à la Biche de se delivrer : Ainsi en a faict de mesme la Predication de l’Evangile, animee & vivifiee par le sainct Esprit, excitant interieurement le cœur de ces Barbares enveloppez, il y avoit si longtemps, dans les haliers & bocages de l’ignorance, infidelité & perverses coustumes.
Dans les Carbets on ne parle plus d’autre chose, que de cette nouvelle cognoissance de Dieu, chacun rapportant, à son tour, ce qu’il avoit peu entendre, quand ils nous venoient visiter, & reunissans tous ces discours ensemble, finissoient leurs Carbets en tres-grand desir de voir baptiser leurs enfans, & eux aussi, tenans ensemble telles ou semblables paroles, ainsi que j’ay peu remarquer & recueillir à diverses fois.