Dans d’autres circonstances, ils accomplissaient un obscène et douloureux sacrifice et voici comment: ceux qui voulaient en avoir le mérite se réunissaient dans le temple, rangés par ordre et attachés les uns aux autres: ils se perçaient alors chacun le membre viril de biais par le côté, puis dans les trous qu’ils avaient faits, ils passaient un cordon aussi long que possible, et ils demeuraient ainsi tous ensemble attachés et enfilés les uns avec les autres. Avec le sang qui coulait de ces plaies, ils oignaient toutes les parties des statues du démon; celui qui en faisait davantage était considéré comme le plus vaillant, et ses fils, dès le plus bas âge, apprenaient à s’y accoutumer, tant ils étaient enclins à cette épouvantable cérémonie.

Entre les femmes il n’y avait rien de semblable à cette effusion de sang, quoiqu’elles fussent excessivement dévotes. De tous les animaux que les Yucatèques pouvaient obtenir, soit des oiseaux du ciel, soit du gibier ou des bêtes fauves, ou même encore des poissons, ils en tiraient le sang pour en embarbouiller le visage de leurs idoles. Ils leur offraient de tout ce qu’ils possédaient: à quelques animaux, ils arrachaient le cœur pour l’offrir; ils en présentaient d’autres entiers, les uns vivants, les autres morts, crus ou cuits, sans compter le pain et le vin dont ils faisaient de grandes offrandes, ainsi que de toutes les variétés de mets et de boissons à leur usage.

Pour faciliter ces différents sacrifices, il y avait dans les cours des temples quelques grands arbres debout, ornés de sculptures, et au pied de l’escalier de chaque temple se trouvait comme un piédestal rond et large, au centre duquel s’élevait une pierre de quatre ou cinq palmes de hauteur et assez fine. En haut de l’escalier il y avait une autre pierre semblable[121].

Outre les fêtes, pour la solennité desquelles on sacrifiait des animaux, le prêtre ou le chilan commandait quelquefois, à l’occasion d’un malheur ou d’une nécessité publique, de sacrifier des victimes humaines. Tout le monde y contribuait, les uns en donnant de quoi acheter des esclaves, les autres en livrant, par dévotion, leurs petits enfants[122]. On les caressait et on avait un grand soin de ces victimes jusqu’au jour de la fête; mais on les gardait aussi avec beaucoup de vigilance, de peur qu’elles ne prissent la fuite ou ne se souillassent de quelque faute charnelle. Dans l’intervalle on les conduisait de ville en ville avec des danses, tandis que les prêtres, les chilans et les autres officiers observaient les jeûnes accoutumés.

Le jour convenu, tous se réunissaient dans le temple: si la victime devait être sacrifiée à coups de flèches, on la mettait toute nue, en lui barbouillant tout le corps de couleur bleue, et on lui posait une mitre sur la tête. Dès qu’on était arrivé à la statue du dieu, tous armés d’arcs et de flèches dansaient avec la victime un ballet solennel autour des arbres dont il a été question plus haut; tandis que les uns la montaient et l’attachaient, les autres continuaient à danser à l’entour, les yeux fixés sur elle[123]. Le sacrificateur impur, revêtu, montait à son tour une flèche à la main; et que la victime fût un homme ou une femme, il la frappait de son arme aux parties naturelles, en tirait du sang, descendait et en oignait le visage de l’idole. Sur un signal qu’il donnait ensuite aux danseurs, ceux-ci commençaient à lancer, en dansant, des flèches au cœur de la victime, à mesure qu’ils passaient avec rapidité devant elle, le but marqué de blanc ayant été signalé d’avance. C’est ainsi que toutes les poitrines tournées vers un seul point, en faisaient comme un hérisson armé de flèches.

S’il s’agissait d’enlever le cœur à la victime, on la conduisait avec un grand appareil, dans la cour du temple, toute barbouillée de bleu et la mitre en tête, entourée de beaucoup de monde, jusqu’au pied du socle de forme ronde qui était le lieu du sacrifice. Le prêtre, assisté de ses officiers, oignaient de bleu la pierre et purifiaient le temple en chassant les mauvais esprits. Les chacs saisissaient ensuite la pauvre victime, la renversaient avec rapidité sur la pierre et la tenaient tous quatre des bras et des jambes qu’ils séparaient par le milieu. Dans le même instant, arrivait le bourreau nacon, un couteau de pierre à la main: il l’en frappait avec une barbare habileté entre les côtes sous le sein gauche; puis aussitôt il plongeait la main dans la poitrine, d’où il enlevait avec la joie féroce d’un tigre le cœur palpitant. Il le déposait ensuite sur un plat qu’il présentait au prêtre; celui-ci s’empressait de le saisir, et du sang frais qui en dégouttait oignait le visage de ses idoles.

Quelquefois ce sacrifice avait lieu sur la pierre érigée en haut de l’escalier du temple, après quoi ils lançaient le cadavre par les degrés en bas: les officiers s’en emparaient, l’écorchaient en entier, à l’exception des pieds et des mains, et le prêtre s’étant dépouillé de ses habits, tout nu se recouvrait de la peau. Ceci était suivi d’une danse générale où il prenait part, et le sacrifice de cette manière était considéré comme une grande solennité[124]. L’usage était d’enterrer dans la cour du temple ceux qu’on sacrifiait de cette façon: au cas contraire, on le mangeait, le partageant aux chefs et à ceux qui pouvaient en obtenir un morceau; les pieds, les mains et la tête étant réservés pour le prêtre et ses officiers, les victimes immolées de cette manière étant considérées comme saintes[125]. Si c’étaient des esclaves prisonniers de guerre, leur maître gardait leurs ossements, qu’il étalait dans les ballets comme des insignes de victoire[126]. Quelquefois on jetait des victimes vivantes dans les puits de Chichen-Itza, dans l’idée qu’elles en sortaient le troisième jour, quoiqu’on ne les vît jamais reparaître.

§ XXIX.—Armas de los yucataneses. Dos capitanes, uno hereditario, otro electivo. Abstinencia de este. Milicia y soldada, guerra, etc.

Que tienen armas offensivas y defensivas. Ofensivas eran arcos y flechas que llevavan en su cargaje con pedernales por caxcillos y dientes de pescados muy agudas, las quales tiran con gran destreza y fuerza. Son los arcos de un hermoso palo leonado y a maravilla fuerte mas derechos que corvos, las cuerdas de su cañamo. La largura del arco es siempre algo menos que el que lo trae: las flechas son de cañas muy delgadas que se crian en lagunas y largas de mas de a cinco palmos, y enxierenle a la caña un pedaço de palo delgado muy fuerte y en aquel va enxerido el pedernal. No usavan ni la saben poner ponsoña, aunque tienen harto de que. Tenian hachuelas de cierto metal y desta hechura, las quales encaxavan en un hastil de palo, y les servia de armas, y buelta de labrar la madera. Davanle filo con una piedra a porrazos que es el metal blando. Tenian lançuelas cortas de un estado con los hierros de fuerte pedernal, y no tenian mas armas que estas.