Les Indiennes sont très-jalouses, et quelques-unes le sont au point qu’elles mettent les mains sur celles qu’elles soupçonnent; elles sont si colères alors et si irritables, quoique généralement d’un caractère fort doux, qu’il y en a qui arrachaient les cheveux à leurs maris, pour peu qu’ils leur fussent infidèles. Elles sont grandes travailleuses et excellentes pour l’administration intérieure: car c’est d’elles que dépendent la plupart et les principaux travaux du ménage pour le support de leurs maisons, l’éducation de leurs enfants et le payement des tributs; avec tout cela, si le besoin s’en fait sentir, ce sont elles qui souvent encore portent à dos les plus fortes charges, qui travaillent la terre et y sèment les graines dont ils se nourrissent. Elles sont merveilleusement économes, veillant de nuit, durant les instants qui leur restent après le service de la maison, allant au marché de jour pour acheter et vendre les choses qui sont à leur usage.
Elles élèvent la volaille, soit celle de Castille ou du pays, pour la vendre ou pour s’en nourrir: elles élèvent également des oiseaux pour leur amusement, comme aussi pour en retirer les plumes qui servent à leurs ornements; elles élèvent également d’autres animaux domestiques, allaitant même des chevreaux et les apprivoisant de telle sorte que, bien qu’elles les emmènent dans les bois, où souvent elles les nourrissent, ils n’y resteraient jamais sans elles.
A toutes ces coutumes elles ajoutaient celles de s’entr’aider mutuellement, quand elles filaient ou tissaient: elles s’acquittaient par ces mêmes travaux les unes envers les autres, comme leurs maris de ceux de leurs champs. Elles avaient leurs saillies et leurs bons mots pour railler et conter des aventures et par moment aussi pour murmurer de leurs maris[135]. Elles regardent comme une fort vilaine chose de fixer les yeux sur les hommes et de rire avec eux; cela seul suffisait pour amener du désordre et sans plus de cérémonie les rendre un objet de mépris. Elles dansaient entre elles des danses qui leur sont propres; quelquefois elles en avaient en commun avec les hommes, entre autres le ballet, nommé Naual qui n’est guère décent[136]. Elles sont très-fécondes et enfantent de bonne heure; elles sont excellentes nourrices et pour deux raisons: la première, parce que la boisson qu’elles prennent au matin toute chaude donne beaucoup de lait; la seconde, que l’usage où elles sont de moudre continuellement le maïs et de ne pas se tenir les mamelles serrées, les rend fort grandes et de lait très-abondantes.
Il leur arrivait aussi de s’enivrer dans les festins, mais toutes seules; car elles mangeaient à part et, d’ailleurs, elles s’enivraient rarement autant que les hommes. Ces femmes yucatèques tiennent beaucoup à avoir des enfants: celle qui n’en avait pas, les demandait avec de grandes supplications et des présents aux idoles; aujourd’hui elles les demandent à Dieu. Elles sont prudentes, polies, de très-bonne conversation, quand on les comprend, et extrêmement généreuses[137]. Elles gardent difficilement un secret et ne sont pas sur leurs personnes et dans leurs maisons aussi propres qu’elles devraient l’être, en se baignant comme des hermines.
Elles étaient fort dévotes et affectionnées à leurs idoles: aussi avaient-elles à leur égard une foule de pratiques, leur brûlant de l’encens, leur offrant des présents d’étoffes de coton; elles n’avaient, néanmoins, pas la coutume de se tirer du sang en leur honneur, et jamais elles ne le faisaient. Du reste, on ne leur permettait point d’assister aux sacrifices dans les temples, à l’exception d’une fête spéciale où l’on admettait certaines vieilles que demandait la circonstance. Au temps de leurs couches, elles avaient recours à des sorcières qui leur faisaient accroire toute sorte de mensonges et leur mettaient sous le lit une idole appelée Ixchel, qu’on disait être la déesse fécondatrice des enfants[138].
Dès que ceux-ci étaient venus au monde, on s’empressait de les laver: quand elles avaient fini de les tourmenter avec les planchettes où on leur déprimait le front et la tête, elles allaient trouver le prêtre, afin qu’il consultât leur horoscope et leur désignât leur future profession. Il devait en même temps leur imposer le nom qu’ils devaient porter durant leur enfance; car ils donnaient aux enfants des noms différents, sous lesquels on les désignait jusqu’à ce qu’ils eussent été baptisés ou qu’ils devinssent plus grands; à cette époque seulement, ils les laissaient pour prendre celui de leur père qu’ils gardaient jusqu’à leur mariage, et alors ils prenaient conjointement ceux de leur père et de leur mère.
§ XXXIII.—Duelo para los muertos en Yucatan. Entierro de los sacerdotes. Estatuas con las cenizas de los señores. Reverencia para ellas. Su gloria e infierno.
Que esta gente tenia mucho temor y excessivo a la muerte, y esto muestravan en que todos los servicios que a sus dioses hazian no eran por otro fin ni para otra cosa sino para que les diessen salud y vida y mantenimientos. Pero ya que venian a morir, era cosa de ver las lastimas y llantos que por sus difuntos hazian, y la tristeza general que les causavan. Lloravanlos de dia en silencio, y de noche a altos y muy dolorosos gritos que lastima era oirlos. Andavan a maravilla tristes muchos dias: hazian abstinencias y ayunos por el difunto, especial el marido a la muger, y dezian se lo avia llevado el diablo porque del pensavan les venian los males todos y especial la muerte.
Muertos los amortajavan hinchandoles la boca del maiz molido que es su comida y bevida que llaman koyem, y con ello algunas piedras de las que tienen por moneda, para que en la otra vida no les faltasse de comer. Enterravanlos dentro en sus casas o a las espaldas dellas, echandoles en la sepultura algunos de sus idolos, y si era sacerdote algunos de sus libros, y si hechizero de sus piedras de hechizos y peltrechos. Comunmente desamparavan la casa y la dexavan yerma despues de enterrados, sino era quando avia en ella mucha gente con cuya compañia perdian algo de miedo que les quedava de la muerte.