§ XLI.—Ahau-Katun ou cycle des Mayas. Leur écriture et leur alphabet.
Ainsi qu’on l’a fait voir plus haut, ces Indiens n’avaient pas seulement la computation de l’année et des mois, mais ils avaient aussi une certaine manière de compter les temps et leurs choses par âges, ce qu’ils faisaient de vingt en vingt ans, en comptant treize vingtaines au moyen d’une des vingt lettres de leur mois, appelé Ahau, mais sans ordre et alternés seulement, comme on le verra dans la roue ci-dessus: ils appellent ces figures Katun et ils y retrouvaient à merveille la computation de leurs âges. Aussi était-il facile au vieillard dont j’ai parlé dans le premier chapitre[196] de se souvenir de trois cents ans en arrière; car si je n’avais su ce que c’est que ces computations, je n’aurais jamais cru qu’ils pussent ainsi se souvenir d’un temps si long.
Quant à celui qui régla l’ordre de ces Katuns, si ce fut le démon, il s’en tira certainement comme à l’ordinaire, en tout honneur; si ce fut un homme, ce devait être un bien grand idolâtre; car à tous ces Katuns il ajouta toutes les tromperies, les divinations et les subtilités où ces gens, en outre de leurs misères, se sont laissés enjoler, cette science étant entre toutes celle à laquelle ils donnaient le plus de crédit, mais dont tous les prêtres également ne savaient, d’ailleurs, pas rendre bien compte. L’ordre qu’ils avaient pour compter leurs dates et faire leurs divinations, à l’aide de cette computation, était qu’ils avaient dans le temple deux idoles dédiées à deux de ces caractères. Au premier, qui commençait avec la croix placée au-dessus du cercle, ils rendaient leurs hommages, en lui faisant des offrandes et des sacrifices pour obtenir le remède des calamités de ces vingt ans; mais après qu’il s’était passé dix années de ce premier, ils ne lui offraient plus autre chose que de l’encens et des respects. Une fois les vingt années du premier passées, ils commençaient à se conduire d’après les présages du second et à lui offrir des sacrifices, ayant ôté l’idole du premier pour mettre celle du second, afin de le vénérer dix autres années.
Ces Indiens disent, par exemple, que les Espagnols étaient arrivés à la cité de Mérida l’an de la nativité de Notre-Seigneur 1541, ce qui était précisément le premier de l’an Buluc-Ahau, le même qui se trouve placé sur la case où est la croix, et qu’ils entrèrent aussi au mois de Pop, le premier de leur année. Si les Espagnols n’étaient ici actuellement, ils auraient adoré l’idole de Buluc-Ahau jusqu’à l’an 51, ce qui aurait fait dix ans; mais à la dixième année, ils auraient mis l’idole de Bolon-Ahau, et lui auraient rendu leurs hommages, en continuant à se conduire par les pronostics de Buluc-Ahau jusqu’à l’an 61; alors ils l’auraient enlevée du temple et y auraient mis l’idole de Uac-Ahau, tout en continuant à se conduire par les pronostics de Bolon-Ahau, durant dix ans encore, et ainsi du reste jusqu’à ce qu’ils eussent fait le tour. De cette manière, ils vénéraient leurs Katuns pendant vingt ans, et pendant dix, se réglaient suivant leurs superstitions et jongleries qui étaient en si grand nombre, qu’il y en avait plus qu’il n’en fallait pour tromper ces gens simples, et il y aurait de quoi s’en étonner, si on ne savait ce que sont les choses de la nature et l’expérience qu’en a le démon[197].
Ces peuples se servaient aussi de certains caractères ou lettres, avec lesquelles ils écrivaient dans leurs livres leurs choses antiques et leurs sciences, et par leur moyen et celui de certaines figures et signes particuliers dans ces figures[198], ils entendaient leurs choses, les donnaient à entendre et les enseignaient. Nous leur trouvâmes un grand nombre de livres dans ces caractères, et, comme ils n’en avaient aucun où il n’y eût de la superstition et des mensonges du démon, nous les leur brûlâmes tous, ce qu’ils sentirent vivement et leur donna de l’affliction[199].
De leurs lettres, je mettrai ici un A, B, C, leur grossièreté n’en permettant pas davantage; car ils se servent, pour toutes les aspirations de leurs lettres, d’un caractère, et ensuite pour la ponctuation, d’un autre, qui viennent ainsi à se reproduire à l’infini, comme on le pourra voir dans l’exemple suivant: Lé veut dire le lacet et chasser avec; pour l’écrire avec leurs caractères, quoique nous leur eussions donné à entendre qu’il n’y avait que deux lettres, ils l’écrivaient eux avec trois, mettant à l’aspiration du l la voyelle e qu’il porte devant lui, et en cela ils ne se trompent point, encore qu’ils usent, s’ils le veulent, de leur manière curieuse[200]. Exemple: e l e lé. Ensuite, mettant à la fin la partie qui est jointe, Ha, qui veut dire eau, parce que le son de la lettre se compose de a, h, ils lui placent d’abord par devant un a et au bout de cette manière ha[201]. Ils l’écrivent aussi par parties, mais de l’une et de l’autre manière. Je n’aurais pas mis tout cela ici et je n’en traiterais pas, sinon pour rendre entièrement compte des choses de ce peuple. Ma in Kati veut dire je ne veux pas; ils l’écrivent par parties de cette manière: ma in ka ti.
ICI COMMENCE L’A B C.
| Signes. | Valeur phonétique. | |
|---|---|---|
| 1. | a | a |
| 2. | a | a |
| 3. | a | a |
| 4. | b | b |
| 5. | b | b |
| 6. | c | q(?) |
| 7. | t | t |
| 8. | é | é |
| 9. | h | h |
| 10. | i | i |
| 11. | ca | ca(?) |
| 12. | k | k (ha guttural) |
| 13. | l | l |
| 14. | l | l |
| 15. | m | m |
| 16. | n | n |
| 17. | o | o |
| 18. | o | o |
| 19. | p | p[202] |
| 20. | pp | pp (dur) |
| 21. | cu | cu? |
| 22. | ku | k (kou guttural) |
| 23. | x | dj ou dz(?) |
| 24. | x | tch(?) |
| 25. | u | ou(?)[203] |
| 26. | u | ou |
| 27. | z | ç[204] |
SIGNES ADDITIONNELS.