Que entre los successores de la casa Cocomina uvo uno muy orgulloso, y imitador de Cocom, y que este hizo otra liga con los de Tavasco, y que metio mas Mexicanos dentro de la cibdad, y que començo a tyranizar y hazer esclavos a la gente menuda; y que por esto se juntaron los señores a la parte de Tutuxiu, el qual era gran republicano como sus passados, y que concertaron de matar a Cocom, y que assi le hizieron, matando tambien a todos sus hijos, sin dexar mas de uno que estava ausente, y que le sequearon la casa y le tomaron las heredades que tenia de cacau y de otras frutas, diziendo que se pagavan de lo que les avia robado, y que duraron tanto los vandos entre los Cocomes que dezian ser injustamente echados, y los Xiuis, que despues de aver estado en aquella cibdad mas de D años, la desampararon y despoblaron, yendose cada uno a su tierra.

§ VIII.—Arrivée des Tutul-Xius et leur alliance avec les rois de Mayapan. Tyrannie des Cocomes, ruine de leur puissance et abandon de Mayapan.

Les Indiens racontent que, du côté du midi, entrèrent au Yucatan des tribus nombreuses avec leurs chefs, et il paraît qu’elles seraient venues de Chiapa, quoique les Indiens ne sachent pas le dire[46]; mais l’auteur de ce livre le conjecture à cause d’un grand nombre de mots et de constructions de verbes identiques au Chiapa et au Yucatan[47], et qu’il y a au Chiapa des vestiges considérables de localités qui ont été abandonnées[48]. Ils ajoutent que ces tribus furent errantes durant quarante ans dans les solitudes du Yucatan, sans y avoir de l’eau, sinon ce que la pluie leur donnait, et qu’au bout de ce temps-là, elles arrivèrent aux montagnes qui tombent presque en face de Mayapan, à dix lieues de cette ville: là, ajoutent-ils, elles commencèrent à occuper la terre et à construire de bons édifices en beaucoup d’endroits, et que ceux de Mayapan se lièrent d’une grande amitié avec elles, se réjouissant de voir qu’elles cultivaient la terre comme les naturels du pays. De cette manière, les gens de la race Tutuxiu, s’étant soumis aux lois de Mayapan, ils s’allièrent les uns avec les autres, et ainsi le seigneur Xiui des Tutuxius en vint au point d’être fort estimé de tout le monde[49].

Ces tribus vécurent d’une manière si paisible qu’il n’y avait aucune sorte de querelles. Ces gens-là ne se servaient point d’armes, pas même d’arcs pour la chasse, quoiqu’il y ait aujourd’hui d’excellents archers parmi eux[50]. Ils se contentaient alors de se servir de lacs et de piéges, à l’aide desquels ils prenaient beaucoup de gibier; ils avaient aussi un art particulier pour tirer des baguettes à l’aide d’un morceau de bois de trois doigts, troué au tiers de sa longueur, et avec cela ils tiraient fort et juste.

Les Mayas avaient des lois contre les délinquants et les exécutaient rigoureusement: ainsi en était-il de l’adultère qu’ils remettaient aux mains du mari outragé, afin qu’il le tuât, en lui jetant de haut une grosse pierre sur la tête, ou lui pardonnât s’il le jugeait à propos; quant aux femmes coupables, elles ne subissaient d’autre peine que celle de l’infamie, qui parmi elles était une chose fort grave. Mais à celui qui forçait une jeune fille on donnait la mort par lapidation. On raconte à ce sujet qu’un prince des Tutuxius, ayant un frère qu’on accusa de ce crime, il le fit lapider et ensuite couvrir son cadavre d’un grand monceau de pierres. On ajoute qu’il y avait une autre loi, antérieure à la fondation de cette ville[51], par laquelle il était ordonné d’arracher par l’ombilic les entrailles aux adultères.

Le roi Cocom ayant commencé à convoiter des richesses, traita à cet effet avec les troupes de garnison que les rois du Mexique entretenaient à Tabasco et à Xicalango[52], afin de leur confier la garde de la capitale. C’est ainsi qu’il amena des gens de race mexicaine à Mayapan, opprimant les pauvres et faisant beaucoup d’esclaves, au point que les princes l’auraient fait mourir, sans la crainte qu’ils avaient des Mexicains. Mais le chef des Tutuxius ne consentit jamais à cette tyrannie: les Yucatèques se trouvant dans cette situation, apprirent des Mexicains l’usage des armes; ils devinrent si habiles à manier l’arc et la flèche, la lance et la hache, les rondaches et les sayes, faites de sel et de coton[53], ainsi que les autres engins de guerre, qu’ils cessèrent d’admirer les Mexicains et de les craindre, faisant, au contraire, peu d’estime d’eux, et dans cette situation ils passèrent quelques années.

Ce Cocom fut le premier qui eût fait des esclaves; de cette manière d’agir si pernicieuse data l’usage des armes avec lesquelles les habitants se défendirent pour ne pas être tous réduits en esclavage.

Entre les successeurs de la maison de Cocom, il y en eut un fort orgueilleux, imitateur de l’autre Cocom, qui s’étant ligué avec ceux de Tabasco, augmenta le nombre des Mexicains qui étaient dans la capitale. Il commença à son tour à tyranniser et à faire des esclaves parmi le bas peuple: alors les seigneurs se réunirent au chef des Tutuxius, grand ami du bien public, comme ses ancêtres, et conjurèrent la mort de Cocom. C’est ce qu’ils exécutèrent, tuant en même temps tous ses fils, à l’exception d’un seul qui était absent: ils saccagèrent son palais, lui enlevèrent ses domaines, tant en cacao qu’en autres produits, disant qu’ils se payaient de ce qui leur avait été pris. Les querelles entre les Cocomes qui disaient avoir été injustement dépouillés et les Xiuis, durèrent ensuite si longtemps, que plus de cinq cents ans après avoir été dans cette capitale, ils l’abandonnèrent et la laissèrent en solitude, chacun s’en retournant à son pays[54].